Cette randonnée dans l’oasis du Jura vaudois, débute à la gare du Day. C’est à partir de ce point que l’on commence à descendre pour débuter notre progression en rive gauche après avoir traversé le barrage du Day. Après une dizaine de minutes le chemin débouche au sommet d’une chute d’eau en escalier d’une trentaine de mètres dénommée le « Saut du Day » qui est sans doute le point le plus spectaculaire du parcours.
Jusqu’au début des années 1950 il y avait une usine hydroélectrique au pieds de la chute. Elle servait notamment à alimenter en électricité l’usine électrochimique du Day construite 300 m au-dessus de la chute. Pour permettre aux ouvriers de « faire le trajet » plus facilement un funiculaire a même été construit. Il a été en service entre 1926 et 1956.
Nous profitons du petit tunnel reliant la centrale hydroélectrique à la station aval, à l’extrémité du tunnel (dans lequel on voit encore les voies du funiculaire) pour passer sous la chute et rejoindre la rive droite de l’Orbe.
Jusqu’aux Clées nous resterons sur cette rive.
Nous profitons de notre passage dans le petit village pour monter jusqu’au château perché sur la colline dominant le village. On ne peut pas le visiter mais le petit détour dans le parc vaut vraiment la peine.
La balade se poursuit maintenant à nouveau sur la rive gauche de l’Orbe, bien au-dessus de celle-ci. Ce n’est que 3 kilomètres plus loin que le chemin replonge dans les gorge. On traverse alors la rivière sur un joli pont bleu. Il nous permet de prendre un chemin “rouge-blanc” qui grimpe à flanc de falaise.
Après 800 m de marche le chemin se sépare en deux. Le “rouge-blanc” continue à monter sur la droite tandis que sur la gauche il y en a un autre qui reste au-plus près de la rivière. C’est ce que la carte indique en tout cas ! Nous décidons donc de le suivre. Mais après environ 200 m nous nous rendons à l’évidence. Ce chemin n’est plus vraiment praticable ! Nous rebroussons chemin et continuons notre randonnée sur le chemin “bien aménagé”.
C’est au niveau de la centrale de Montcherand que les gorges se terminent. Jusqu’à Orbe nous suivront la rivière devenue plus large et plus calme.
Toutes les photos ici.
carte interactive de la région
altitude de départ: 786 m
altitude d’arrivée: 472 m
altitude minimale: 449 m
altitude maximale: 791 m
dénivelé positif: +337 m
dénivelé négatif: -639 m
temps de parcours: 4 h 30
distance totale: 15600 m
Le Viaduc du Day

Sur la liaison de chemin de fer Lausanne Paris, le viaduc du Day près de Vallorbe, construit entre 1866 et 1869 lors de la construction de la partie Eclepens Vallorbe.
Supportant un tablier métallique long de 119 mètres, il est haut de 53 mètres pour un poids de 500 tonnes. Sa construction a mobilisé plus de 200 hommes.
Entre 1923 et 1925, il a été remplacé par un viaduc en pierre mesurant 150 mètres de long et 45 mètres de haut.
Usine électrochimique du Day

Deux jeunes ingénieurs chimistes français, Henry Gall et le comte de Montlaur, désirent implanter en Suisse une usine de production chimique par l’électrolyse. Révolutionnaire pour l’époque, cette méthode repose sur la conversion de l’électricité en énergie chimique. Approché par les deux chimistes, Anselme Boucher, lui aussi ingénieur, né à la Haye et concessionnaire de la chute d’eau du Day près de Vallorbe, s’enthousiasma pour l’idée. L’usine est mise en service le 24 juin 1890 avec dix turbines produisant 1’600 CV. La puissance électrique augmentera encore plusieurs fois dans les décennies suivantes. Captée au sommet du Saut du Day une cascade de 70 mètres de haut sur l’Orbe, par une simple retenue, l’eau est acheminée à l’usine électrique par une canalisation de 400 mètres. Le courant produit est livré à l’usine chimique, construite 300 mètres au-dessus de la chute. La proximité des Installations s’impose, pour limiter les pertes en énergie. Le procédé d’électrolyse nécessite du courant continu basse tension, que la centrale locale peut assurer sans problème.
Le procédé par électrolyse est pratique pour fabriquer du chlorate de potassium, composé chimique à la base des explosifs ou des têtes d’allumettes. Il a l’avantage d’être peu couteux, ce qui explique en partie le succès de cette industrie à l’époque,En 1926, la production de l’usine du Day atteint plus de 400 tonnes par an. Le processus exigeait une main d’œuvre considérable, recrutée surtout dans la région. Employeur important, l’usine du Day faisait vivre le village, logements pour les employés, café restaurant, gare, etc. Elle a aménagé le territoire et contribué à la prospérité des communes de Ballaigues et de Vallorbe. Avant 1940, elle comptait 115 employés. Les ouvriers effectuaient un travail dangereux, en raison de l’inflammabilité de la substance à la moindre étincelle. Un funiculaire fût même construit entre l’usine située sur le plateau du Day et l’usine électrique au bas de la cascade. Seules traces aujourd’hui un superbe couvert en pierre de taille avec un cheminement en béton et une voie ferrée.
En 1948, le canton souhaite réorganiser la production d’électricité, en réunissant les usines vaudoises existantes au sein d’une seule société : la Compagnie Vaudoise d’Electricité (CVE, aujourd’hui Romande Energie). La naissance en 1955 de cette entité monopolistique aura un lourd impact sur l’Usine du Day. Elle aura l’obligation d’acheter à la CVE le courant continu, mais 4 à 8 fois plus cher qu’avant, ce qui enlèvera toute rentabilisation possible. L’Usine du Day tentera de se diversifier en fabricant des cartouches, sans succès. Les installations hydroélectriques sont dynamitées en 1972. Les bâtiments de l’usine chimique en amont sont repris alors par l’Armée pour y crier une zone d’instruction pour le combat en localité. Seuls quelques rares vestiges restent visibles de nos jours.
Le château des Clées
La colline du château des Clées est un site archéologique dont la période de première occupation est actuellement inconnue. La route du col de Jougne est un passage entre le nord et le sud de l’Europe depuis la préhistoire, reliant le nord de la France à l’Italie par le plateau Suisse puis le Grand St-Bernard de manière relativement sûre et rapide.
De la fin de l’époque romaine au 13ème siècle, la route de Pontarlier à Lausanne par Jougne et Les Clées est un des seuls itinéraires qui traversent le Jura entre Genève et Bâle. Le passage par les gorges sauvages de l’Orbe et le pont des Clées est d’autant plus important que le château assure la protection de Romainmôtier et des voyageurs sur la Via Francigena, la route des pèlerinages entre Canterbury et Rome.
La construction du bâtiment actuel
Les seigneurs des Clées profitent de cette situation et lèvent un péage pour traverser le pont gardé par leur forteresse. Autour de 1130, le Pape Innocent II s’inquiète de cet obstacle financier sur la route de Rome et enjoint l’évêque de Lausanne de ne pas permettre que le château soit reconstruit. Les raisons de la destruction de cette première forteresse sont inconnues. Malgré l’injonction papale, la forteresse des Clées est reconstruite autour de 1150. Le profit généré par le péage est trop important pour que le site soit négligé. Le château est alors tenu en fief par des seigneurs vassaux des ducs de Bourgogne. Le donjon et la plupart des vestiges médiévaux sur la colline datent de cette époque. La forteresse comporte alors plusieurs enceintes concentriques qui entourent la colline et utilisent les falaises et escarpements naturels comme appuis et renforcements. Elle comporte des fortifications avancées, probablement des douves sèches et un pont-levis, à l’emplacement des deux terrasses actuelles devant le château. On trouve aussi un puits dans cette fortification avancée. Ce dernier est comblé, mais la citerne qui l’alimentait et le conduit existent encore et sont visibles depuis les souterrains du château.
L’âge d’or
En 1260, le Château des Clées est remis avec d’autres terres à Pierre de Savoie en gage d’un paiement dû à la maison de Savoie par le comte de Genevois, vassal du Duc de Bourgogne. S’ensuivent deux siècles de prospérité. Les foires de Champagne se tiennent six fois par année, durant une période d’un mois et demi chacune. Les Clées sont le passage le plus direct pour les marchandises d’Italie et pour celles achetées en Champagne à destination du sud. Au commerce s’ajoutent les pèlerinages. Le péage profite à la maison de Savoie et aux habitants de la ville des Clées. Car Les Clées sont bien la plus petite ville de Suisse avec leurs 100 habitants, grâce aux franchises qui lui ont été accordées à cette époque. Au 14ème siècle la bourgade est plus vaste qu’à présent et compte une léproserie, un hôpital, une église, de multiples auberges, et de grands entrepôts. La ville est d’autant plus prospère qu’en 1344, Louis II de Savoie achète la Vallée de Joux au seigneur de La Sarraz et l’annexe à la seigneurie des Clées. La ville est une source de revenu importante et la maison de Savoie s’assure que la forteresse est entretenue. Les tabelles de péage donnent une idée de l’importance du commerce qui transitait par les Clées et le pont sur l’Orbe:
- Laine d’Angleterre, draps de France, étoffes de Venise
- Harengs
- Sel, huiles
- Vin
- Acier
- Faucons et autours dressés, chevaux, bétails
- Froment et seigle
Et la liste continue…

La destruction
Les guerres de Bourgogne marquent la fin de cette période de prospérité. Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, mène une politique d’expansion de son duché et sa puissance inquiète ses voisins : l’empereur du Saint Empire, Frédéric III, le roi de France, Louis XI, et les confédérés suisses. En 1475, avec l’aide financière de Louis XI, les Suisses envahissent la Baronnie de Vaud, alliée du Duc de Bourgogne. La garnison des Clées, sous le commandement de Pierre de Cossonay, est assiégée et refuse de se rendre. Le château et la ville sont pris par les Suisses et brûlés. Toute la garnison est exécutée.
La période bernoise
Ni la ville, ni le château ne se relèveront de la destruction par les Confédérés. Le château est laissé en ruine, mais les Suisses ne perdent pas de vue le revenu du péage, et entretiennent le pont et les entrepôts. De nouvelles tabelles de péages sont publiées, la ville des Clées est intégrée dans le baillage de Romainmôtier. Le château et la ville deviennent des lieux de seconde importance et peu de sources renseignent sur leur histoire entre 1475 et 1798.

La Renaissance
L’histoire du château, dont ne reste que le donjon et une tour, reprend en 1798, à la Révolution vaudoise. Le bâtiment devient alors propriété nationale. Il est vendu à un particulier en 1801 pour 400 francs et passe ensuite par plusieurs propriétaires. En 1831, Sir Walter Stevenson Halliday l’achète pour la somme de 800 francs. Sir Halliday a été séduit par le romantisme de cette ruine médiévale perchée sur une colline abrupte au-dessus d’une gorge sauvage. Il transforme le donjon pour le rendre habitable, notamment en perçant des fenêtres et en y faisant construire un escalier. Il aménage aussi la colline en parc.
En 2003, le bâtiment et la colline sont reconnus site d’importance nationale et classés en note 1 à l’inventaire des Monuments Historiques.






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