Pour fuir la canicule qui règne en plaine depuis quelques jours en ce mois de juin, nous partons de bonne heure pour aller de l’autre côté de la frontière avec la France, près de Chamonix. Plus précisément à le Tour. C’est le premier weekend que la télécabine de Balme tourne. Cela nous permet, en empruntant la télécabine et ensuite le télésiège, ainsi de gagner aisément un peu plus de 700 m de montée !
Étonnamment il n’y a pas beaucoup de monde. Ce n’est pas pour nous déplaire.
Pendant toute la randonnée nous aurons devant nous les plus hauts sommets du massif du Mont Blanc. Un panorama incroyable !
Nous commençons par marcher en direction du col de Balme. Puis, en suivant la frontière nous montons à l’Aiguillette (borne frontière n°3). De là, et jusqu’à la Tête du Chenavier, nous marchons dans l’axe de la vallée de Chamonix (direction sud-ouest). Au niveau de la belle borne frontière n°4 (1738, Croix de Savoie couronnée / Écu du Valais aux 7 étoiles 1738 + crosse et épée en croix surmontées d’une mitre), nous quittons la frontière qui elle, part vers le nord.
Une légère descente nous amène au col des Posettes, près des Chalets de Balme. Ensuite une montée assez raide nous conduit sur l’arête qui va des Crêches à la Tête du Chenardier en passant par l’Aiguillette des Posettes.
Toute cette partie est vraiment magique. Devant nous s’étale, en deuxième plan, le massif du Mont Blanc, alors qu’au premier plan, les massifs de rhododendrons apportent une touche verte très intense. En nous retournant on a aussi une belle vue sur la vallée du Trient et parfois sur le barrage d’Emosson.
La descente finale jusqu’à Le Tour n’est pas difficile techniquement mais la chaleur qui augmente au fur et à mesure que nous descendons rend la chose un peu pénible.
C’est toujours un grand plaisir de venir par ici admirer les sommets impressionnants de ce massif. Avec tous ces rhododendrons qui recouvrent une grande partie des flancs de la Crête des Posettes nous avons presque envie de revenir ici en automne quand les couleurs automnales pareront de rouge les massifs maintenant tout verts.
Toutes les photos ici.
carte interactive de la région
altitude de départ: 2194 m
altitude d’arrivée: 1474 m
altitude minimale: 1474 m
altitude maximale: 2321 m
dénivelé positif: +373 m
dénivelé négatif: -998 m
temps de parcours: 4 h 15
distance totale: 8400 m
Bornes frontière Franco-Suisse
Du Mont Dolent au lac Léman (Valais-France)
Les 91 kilomètres de la frontière franco-suisse du Mont-Dolent au lac Léman à Saint-Gingolph sont marqués aujourd’hui par 98 bornes complétées de quelques entre-bornes. Cette frontière suit, en gros, la ligne de séparation des eaux entre le bassin direct du Rhône et celui, respectivement, de l’Arve puis des Dranses (de Morzine et d’Abondance).
Les bornes encore visibles sur la limite couvrent grosso modo la période des cinq cents dernières années. La frontière possède une histoire encore plus longue. De la Morge de Saint-Gingolph, séparant probablement des tribus celtes, en passant par les abbayes et prieurés ayant modelés la limite sur les crêtes tout comme les bagarres incessantes entre la Savoie et le Valais, le territoire valaisan prendra finalement sa forme actuelle en 1569. Face à cet État du Valais, le duché de Savoie puis le Royaume de Sardaigne laissèrent finalement la place, en 1860, à la France entre le Mont Dolent et le lac Léman.
De chaque époque, il reste un tracé, des toponymes, des pierres, des bornes ou des rochers taillés pour illustrer l’histoire de la délimitation internationale. Morgins, la Morge, la Pierre des Limites, les croix de Savoie, les écus valaisans des sept dizains comme des treize districts, les armes de l’évêque de Sion comme celles de l’abbé de Saint-Maurice jalonnent encore la ligne de délimitation complétée par moult bornes aux inscriptions plus modestes. Le tout dans des paysages grandioses où les montagnes et les torrents jouent, eux aussi, le rôle de bornes naturelles.
Le lac Léman
La frontière franco-suisse dans le lac Léman s’étend sur 58.9 km et touche les cantons du Valais, de Vaud et de Genève. Historiquement, le milieu du lac servait logiquement de limite entre les souverainetés voisines lorsqu’elles existaient à l’exemple de la description faite dans le traité de Lausanne de 1564 entre la Savoie et Berne. En 1953, la Confédération suisse et la France optent pour une ligne médiane polygonale à six côtés complétée par deux droites transversales à Saint-Gingolph et à Hermance.
D’Hermance au Moulin de Grilly (Genève-France)
La frontière franco-suisse du canton de Genève est assez particulière dans le sens où elle ne s’appuie pas sur des hauteurs naturelles comme la crête des Alpes ou celle du Jura. Les 103 kilomètres de la délimitation internationale se trouvent en plaine et sur le lac. Cette situation singulière a rendu nécessaire la pose de très nombreuses bornes-frontière (445 bornes).
Le territoire genevois actuel découle des traités de Vienne et de Paris de 1814 et 1815. Genève rejoignit la Confédération suisse en 1815 comme vingt-deuxième canton avec un territoire un peu étoffé pour lui permettre d’avoir une liaison avec la Suisse (région de Versoix) et une continuité territoriale entre ses possessions historiques. La frontière internationale genevoise bordait alors deux États : à l’est et au sud, le Royaume de Sardaigne, à l’ouest le Royaume de France. En 1860, la Savoie plébiscita son rattachement à la France. La frontière internationale devint ainsi uniquement franco-genevoise. Le développement de l’urbanisation entrainera, au cours du XXe siècle, quelques adaptations mineures de la limite. Les aigles sardes et genevois ainsi que les lys royaux de France (Restauration) agrémentent encore quelques pierres historiques sur la limite et parfois même en dehors de celle-ci. Cheminer le long du tracé de la frontière du canton est une découverte historico-pédestre étonnante.
Du Vitiau au moulin de Grilly (Vaud-France)
Une frontière lacustre et une jurassienne : voilà ce qui compose la délimitation internationale du canton de Vaud. Si le lac n’est pas propice à la pose de bornes, le Jura s’est révélé, par contre, favorable à leur plantation et surtout à leur conservation. 309 bornes et quelques entre-bornes, couvrant plus de cinq cents ans d’histoire, jalonnent les 91 kilomètres de frontière terrestre du canton de Vaud avec la France.
Le pays de Vaud fut tour à tour helvète, romain, burgonde bourguignon, savoyard, bernois, helvétique puis finalement canton suisse depuis 1803. En outre, le tracé de la frontière sur les crêtes jurassiennes fut fortement influencé par l’établissement de plusieurs prieurés et abbayes dans la région à partir de l’an Mil. Cependant, ce sont les Bernois, arrivés en 1536 dans le pays de Vaud, qui systématisèrent le marquage des frontières aux moyens de bornes. Tout d’abord au nord, à Sainte-Croix en 1553, puis au sud, dans la région de Versoix en 1564 suite au traité de Lausanne. Les deux extrémités du pays seront reliées par un abornement continu dès 1649. Berne bordait alors la Franche-Comté espagnole. De magnifiques bornes de cette époque, blasonnées du lion et de l’ours, subsistent encore dans les forêts jurassiennes. La Franche-Comté deviendra française en 1678 sous Louis XIV. Quelques bornes aux trois lys illustrent ce changement. En 1798, le pays de Vaud se libéra et adhéra à la République helvétique une et indivisible. Des bornes à l’acronyme RHUI rappellent cette période de l’histoire suisse. En 1803, Vaud devint un canton à part entière. L’écu vert et blanc « Liberté et Patrie » orne, depuis lors, les pierres de 1824 en compagnie du lys de la restauration monarchique française. Une dernière page d’importance pour la frontière franco-suisse se tourna dans la vallée des Dappes au milieu du XIXe siècle. La France de Napoléon III désirait intégrer au territoire français la totalité du tracé de la route stratégique du col de la Faucille. Ce qu’on appela alors l’ « affaire des Dappes » déboucha en 1862 sur un traité d’échange de territoire entre la Confédération suisse et l’Empire français. Les bornes à l’aigle impérial et à l’écu vaudois dans la région de la Cure illustrent, in situ, les implications de ce traité.
À partir de la fin du XIXe siècle, la Suisse figurera en lieu et place du canton sur la face vaudoise des bornes-frontière. La découverte inédite du Jura vaudois à travers le prisme de ses bornes-frontière ne laisse indifférents ni les amateurs de nature ni les fans d’histoire.
De Biaufond au Vitiau (Neuchâtel-France)
Le comté de Neuchâtel, devenu principauté puis canton suisse, possède une longue histoire que les bornes des hauteurs jurassiennes illustrent à leur manière. Dès 1408, le Doubs fut choisi pour limite entre la Bourgogne et le comté de Valangin (qui rejoindra le comté de Neuchâtel en 1592) de Biaufond au lac des Brenets. Cette partie de frontière ne bougera plus. Les confédérés occupèrent le comté de 1512 à 1529, mettant de l’ordre dans les délimitations de celui-ci. Entre 1524 et 1527, le tracé de la frontière des Brenets au Vitiau à Sainte-Croix fut finalisé et aborné avec le pal aux trois chevrons et la croix de Bourgogne avec briquets comme blasons. Cet abornement fut confirmé et complété en 1704 et 1766 par le Royaume de France présent aux frontières de Neuchâtel depuis 1678. En 1707, le roi de Prusse devint prince de Neuchâtel et de Valangin. La principauté prussienne réalisa en 1766, avec la France, l’abornement systématique de leur limite commune dont il reste encore plusieurs témoins intacts (blasons : chevrons/trois lys). Les bouleversements politiques enfantés par la Révolution française de 1789 toucheront Neuchâtel quelques années plus tard, durant la période napoléonienne. De 1806 à 1814, Berthier, Maréchal d’Empire, régna sur la principauté. Suite à la chute de Napoléon, les traités de Vienne et de Paris redessinèrent la carte de l’Europe. Neuchâtel devint officiellement, en mai 1815, le vingt-et-unième canton de la Confédération tout en restant (ou en redevenant) une principauté prussienne. Question territoire, le nouveau canton s’agrandit de la commune du Cerneux-Péquignot. Toute la frontière franco-neuchâteloise, de Biaufond au Vitiau, fut révisée, adaptée (au Cerneux-Péquignot) et abornée plus densément en 1819. Les nouvelles bornes portaient le pal chargé de chevrons neuchâtelois et le lys de la restauration française. Un grand nombre de ces pierres subsistent le long de la frontière.
Le dernier acte, en 1848, sans conséquence sur le tracé de la limite, toucha les drapeaux des États limitrophes. Depuis lors, de part et d’autre du Doubs, flotte des drapeaux tricolores : bleu-blanc-rouge pour la France, vert-blanc-rouge avec la croix suisse pour Neuchâtel. Seule une borne aux Brenets illustre ce changement. Les 182 bornes placées entre rivière et montagne le long de 62 kilomètres de magnifiques paysages jurassiens livrent leur histoire page par page.
De Pleigne à Biaufond (Jura-France)
La frontière franco-jurassienne est à la fois la plus neuve de Suisse dans sa dénomination et la plus densément abornée. En effet, le Jura est devenu un canton suisse en 1979 et sa frontière avec la France, longue de 121 km comporte pas moins de 606 bornes standard et de nombreuses entrebornes.
L’histoire de la limite se confond avec celle de la formation de l’Evêché de Bâle. Par Evêché de Bâle, on entend les terres placées sous l’autorité temporelle de l’Evêque de Bâle (Principauté épiscopale de Bâle). Après la Réforme à Bâle, Porrentruy devient, en 1529, la capitale de la principauté. Son territoire comprend le canton du Jura actuel, le Jura bernois, Laufon et Birseck. La limite aujourd’hui franco-jurassienne se met en place au cours du XVIIIe siècle et trouve pratiquement son tracé actuel suite au traité d’alliance et la convention de 1780 entre le Roi de France et le Prince Evêque de Bâle. En 1815 au Congrès de Vienne, les puissances décident de réunir l’Evêché de Bâle (sans Birseck) au canton de Berne. Dès lors les commissaires franco-suisses jalonnent en 1817 l’ancienne frontière de 1780 d’un lys de la Restauration du côté de la France et d’un ours bernois du côté de la Suisse. En 1979, date d’entrée du canton du Jura dans la Confédération suisse, la frontière (sans Laufon) devient franco-jurassienne.
Du Petit-Lucelle au Rhin à Bâle (Bâle-Campagne / Soleure / Bâle-France)
Entre Petit-Lucelle et le port de Bâle, la frontière franco-suisse présente toutes les caractéristiques d’une limite façonnée par l’histoire hors de considération de barrière naturelle. Elle présente une longueur de 51,2 km à raison de 25,9 km pour Bâle-Campagne, de 20,1 km pour Soleure et de 5,2 km pour Bâle-Ville.
La frontière internationale entre Petit-Lucelle et Bâle suit un tracé historique somme toute assez stable depuis un demi-millénaire. Par contre, la carte des souverainetés de part et d’autre de la frontière subit de nombreux changements. Depuis sa conquête de l’Alsace en 1648, le Royaume de France (Alsace) borde les territoires de l’Évêché de Bâle et ceux des cantons de Soleure et de Bâle. La France reprend les limites existantes du Sundgau autrichien. Les parties entreprennent un travail systématique d’abornement jusqu’au Rhin entre 1745 et 1747, ainsi qu’entre 1771 et 1789. Plusieurs témoins de ces travaux jalonnent encore la frontière actuelle.
À la suite des mouvements expansionnistes de la France révolutionnaire, les territoires de l’Évêché intègrent l’État français en 1793. Après le Congrès de Vienne de 1815, ils sont attribués en grande partie au canton de Berne et pour le reste au canton de Bâle. Un grand abornement de toute la nouvelle frontière suisse entre Bâle et Genève suit. Les bornes bâloises portent le millésime 1816, les Soleuroises et les Bernoises 1817. En 1833, Bâle se scinde en deux demi-cantons (Bâle-Ville et Bâle-Campagne). De l’autre côté de la frontière, la France perd l’Alsace en 1871 en faveur de l’Allemagne, la récupère en 1918, la perd à nouveau en 1940 pour la recouvrer à la fin de la guerre. Ceci explique les «DR» (Deutsches Reich) ou «D» (Deutschland) encore parfois partiellement observables sur certaines bornes-frontières. Finalement du côté suisse, la création du canton du Jura en 1979, suivie par le rattachement du district de Laufon à Bâle-Campagne en 1993, dessine la carte actuelle des souverainetés cantonales.

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