Longue randonnée entre le plateau de Spittelmatte (au-dessus de Kandersteg) et celui d’Engstligenalp (au-dessus d’Adelboden). Avec en prime la passage extraordinaire sur l’Entschligegrat qui conduit au Tschingellochtighore …
La télécabine Sunnbüel nous propulse directement à 1934 m, à l’entrée du plateau alpin de Spittelmatte coincé entre l’Üscheneggrat sur la droite et des sommets comme l’Altes, le Balmhorn et le Rinderhorn sur la droite.
Pendant la première partie de notre randonnée, jusqu’à l’hôtel Schwarenbach, nous remontons l’ancienne route commerciale qui reliait l’Oberland bernois au Valais. Des sources historiques et la date de 1549 gravée au lieudit Chlöfu prouvent que, dès le début du XIVe s., un chemin pédestre tracé dans la falaise permettait d’éviter l’ancienne Gemmi. Il fut progressivement amélioré. En 1739, vu la notoriété grandissante des bains de Loèche auprès des curistes alémaniques, on décida de le rénover, avec l’aide du canton de Berne, qui souhaitait créer une liaison directe avec la route commerciale du Simplon.
A partir de l’hôtel Schwarenbach nous prenons le sentier qui monte à droite. Nous montons sur une centaine de mètres avant d’obliquer à gauche, sur un chemin pas très bien marqué, en direction du point 2302 qui se trouve à l’entrée du vallon qui monte vers le col de Rote Chumme.
La montée vers le col est raide. Il y a quelques petits passages un peu délicats, mais finalement nous y arrivons en une quarantaine de minutes. Un petit peu à l’écart du col proprement dit, nous profitons de la vue incroyable sur le Tälli (la petite vallée descendant du Rote Totz Lücke), l’Entschligegrat et les Loner. C’est aussi le moment de se restaurer un petit peu …
Il nous faut maintenant descendre au fond de la petite vallée (une centaine de mètres) pour pouvoir rejoindre le chemin qui remonte sur l’autre versant vers le Chindbettipass. La première partie de la descente se fait sur un chemin qui est tracé dans la moraine. Les petites pierres et le “sable” rendent la descente assez difficile. Il faut bien assurer ses pas pour ne pas glisser.
Une fois traversé le petit torrent qui charrie des eaux brunâtres, nous entamons la montée vers le col suivant, le Chindbettipass. Nous sommes maintenant dans un environnement complètement minéral. On domine aussi le plateau d’Engstligenalp, le plus grand plateau des Alpes suisses occidentales. Depuis 1996, il fait partie des paysages culturels d’importance nationale, depuis 2003 des zones alluviales d’importance nationale et depuis 2017 des bas-marais d’importance nationale.
Pour rejoindre vraiment le chemin de crête, il nous faut encore contourner le Chindbettihore. C’est juste avant le croisement avec le chemin qui monte depuis le petit col (pt 2287) qui ferme le vallon de Tälli im Tal que nous prenons vraiment pieds sur l’Entschligegrat. Devant nous se dressent les Loner et le Tschingellochtighore, sommet rocheux très escarpé de l’Engstligengrat, qui rappelle fortement les Dolomites. Les différents pics sont désignés par les noms de «sommet nord», «sommet principal», «sommet central» et «sommet sud». Les rochers, pour la plupart friables, de cette montagne ont, semble-t-il, mauvaise réputation.
Après avoir passé le point culminant de notre randonnée, le chemin de crête tourne sur la gauche et commence à descendre légèrement en direction du Tschingellochtighore.
Pour rejoindre Engstligenalp, nous prenons le chemin qui contourne le sommet par la gauche. Au début, la descente est un peu délicate. La pente est forte et les cailloux roulent sous les pieds. Mais plus on avance sur l’Ärtelegrat plus la pente s’adoucit. Ce n’est qu’au moment on la quitte que le chemin replonge vers le plateau alpin.
Finalement, après quelques 700 m de descente nous arrivons enfin à Engstligenalp. De là nous pouvons voir tout les chemin parcouru depuis le Chindbettipass, là où nous étions il y a deux heures …
Comme la télécabine que nous voulons prendre est dans 45 minutes, nous profitons de cette fin d’après-midi pour flâner une petit peu dans le coin et pour nous reposer sur une petite terrasse.
A 17h30 nous montons dans la télécabine Engstligenalp qui nous descend en 5 minutes à Unter dem Birg. Là nous prenons le dernier bus pour Adelboden.
A partir d’Adelboden il nous faut encore revenir au départ de la cabine de Sunnbüel où nous avons laissé la voiture. C’est finalement un petit peu avant 19h que nous pouvons enfin déposer nos sacs dans le coffre et entamer le trajet de retour à la maison.
Une magnifique journée passée dans un milieu très minéral. Cela faisait longtemps que cette crête nous faisait de l’œil …
Toutes les photos ici.
carte interactive de la région
altitude de départ: 1934 m
altitude d’arrivée: 1963 m
altitude minimale: 1871 m
altitude maximale: 2658 m
dénivelé positif: +1026 m
dénivelé négatif: -997 m
temps de parcours: 5 h 40
distance totale: 15200 m
La Gemmi au fil du temps
Depuis des siècles, la Gemmi relie les hommes et les régions – d’abord par un sentier naturel, puis par un spectaculaire chemin muletier, jusqu’aux infrastructures modernes que sont le téléphérique et l’hôtellerie alpine. Le renouveau et la continuité marquent encore aujourd’hui l’histoire de ce col alpin.
Moyen Âge
Préhistoire
Le col de la Gemmi était déjà emprunté au début du Moyen Âge. Vers l’an 800, les Alamans ont traversé la Gemmi pour rejoindre le Valais central. Leur installation a marqué le début de l’alémanisation linguistique du Haut-Valais, où prédominaient auparavant les dialectes franco-provençaux. Le col n’était donc pas seulement une voie de communication, mais aussi un passage culturel. L’origine du nom «Gemmi» n’est pas clairement établie. Une interprétation possible renvoie à des termes latins ou du latin médiéval désignant un chemin ou un passage. Indépendamment de ses racines linguistiques, ce nom désigne aujourd’hui l’un des cols alpins les plus emblématiques de Suisse.
XIIe-XIIIe siècles
Première mention en tant que pâturage
Il est possible que ce col ait déjà été emprunté à l’époque romaine. Son utilisation au Haut Moyen Âge est toutefois attestée avec certitude : des documents datant des XIIe et XIIIe siècles font état de l’exploitation des pâturages sur le plateau du col ainsi que de l’existence d’un hospice (également appelé « Spittel »), qui offrait hébergement, nourriture et soins aux malades et aux blessés. Au début du XIIIe siècle, la Gemmi est mentionnée pour la première fois explicitement comme col. Le chemin reliait l’Oberland bernois au Valais et faisait partie d’un ancien réseau de communication alpin.
Début du XIVe siècle
L’ancienne Gemmi
L’itinéraire d’origine partait du lac de Dauben et menait vers l’est, en passant par le Furggentäli, jusqu’à un col situé à environ 2730 mètres d’altitude près des Plattenhörner, appelé « Alte Gemmi ». La descente qui suivait vers la Clabineralp était raide, mais ne nécessitait pas de franchir la paroi rocheuse imposante au-dessus de Loèche-les-Bains. Ce col, plus élevé et plus difficile, est resté en service pendant des siècles et était emprunté par les marchands, les bergers et les voyageurs.
1550
Déplacement du passage
Vers le milieu du XVIe siècle, le sentier fut déplacé pour se rapprocher du tracé actuel, jetant ainsi les bases du Gemmiweg, qui devint par la suite célèbre pour son passage à travers la paroi rocheuse. Le sentier longeait désormais la paroi rocheuse escarpée au-dessus de Loèche-les-Bains, posant les fondations du Gemmiweg qui fut aménagé par la suite et rendant le col plus accessible.
1739
Le sentier de la Gemmi détruit par une explosion
Au XVIIIe siècle, alors que la station thermale de Loèche-les-Bains gagnait en importance, les appels en faveur d’un chemin plus praticable pour franchir la Gemmi se firent de plus en plus pressants. Stephan Matter et le bailli Balet prirent l’initiative de construire un nouveau tracé à travers la paroi rocheuse escarpée surplombant Loèche-les-Bains. En 1739, sous la direction de l’architecte tyrolien Anton Lung, l’actuel sentier de la Gemmi fut creusé dans la roche à l’aide de poudre à mine. Avec le soutien de Berne, une liaison durablement sécurisée fut ainsi établie entre l’Oberland bernois et le Valais. Cet aménagement s’inscrivait dans la volonté de Berne de créer une liaison plus directe via la Gemmi et le Simplon vers l’Italie et la zone commerciale jusqu’à Thoune. Le sentier muletier ainsi aménagé caractérise encore aujourd’hui l’aspect du Gemmiweg et est considéré comme un exemple remarquable de l’art de la construction de chemins alpins.
1878
Construction de l’hôtel de montagne Wildstrubel
Avec la construction de l’hôtel de montagne Wildstrubel en 1878, la Gemmi s’est dotée d’une infrastructure touristique permanente au sommet du col. À une époque où le tourisme alpin n’en était qu’à ses débuts, un hôtel situé à 2350 mètres d’altitude témoignait d’un courage entrepreneurial et d’un esprit pionnier. Cet hôtel de montagne compte parmi les premiers établissements d’hébergement alpins à cette altitude et marque le début d’une tradition d’hospitalité sur la Gemmi qui se perpétue encore aujourd’hui.
1951
Une vision audacieuse d’une route sur la Gemmi
C’est avec la création de la société d’action Pro Gemmi qu’est née l’idée d’une route reliant Kandersteg à Loèche-les-Bains. Ce projet ambitieux, qui prévoyait plusieurs tunnels, n’a finalement pas été réalisé, ce qui a permis de préserver le caractère original du col.
1957
D’un col alpin à une destination touristique
Avec la mise en service du téléphérique en 1957, le plateau de la Gemmi a été pour la première fois directement accessible depuis Loèche-les-Bains. Cet accès a profondément transformé l’utilisation de la Gemmi et a rendu le col accessible à un public plus large. Cette nouvelle liaison a marqué le début de la transformation de ce col alpin historique en une destination touristique alpine moderne.
1971
Reprise par la famille Loretan
En 1971, la famille Loretan, originaire de Loèche-les-Bains, a repris l’hôtel de montagne et les téléphériques de la Gemmi. Pendant plus de cinq décennies, elle a marqué de son empreinte le développement et l’exploitation du col.
Années 2010-2020
Rénovation et modernisation des infrastructures
Les infrastructures de la Gemmi ont été entièrement rénovées et les téléphériques ont été modernisées pour répondre aux dernières normes techniques. En 2016, l’hôtel a été entièrement rénové. Le nouveau restaurant panoramique, qui compte 280 places à l’intérieur et 100 places en terrasse, a été inauguré en 2019. La construction de l’espace spa panoramique a suivi en 2020, puis celle de la nouvelle station amont en 2023.
2025
Changement de propriétaire et nouvelles perspectives
Après 54 ans sous la houlette de la famille Loretan, la Gemmi a changé de propriétaire en 2025 pour passer aux mains de Gemmi Holding AG. C’est ainsi qu’un nouveau chapitre s’ouvre dans l’histoire de la Gemmi, sous la direction et la majorité de l’entrepreneur suisse Roger Büchel.

Passage à 2314 m d’altitude reliant Kandersteg dans l’Oberland bernois et Loèche-les-Bains en Valais. Le col franchit la crête des Alpes septentrionales entre le Daubenhorn et les Plattenhörner. Sans les travaux exécutés dans la paroi haute d’environ 600 m qui se dresse au nord de Loèche-les-Bains, la traversée serait impossible. Autrefois, l’itinéraire suivait une voie différente (ancienne G., 2730 m), à l’est des Plattenhörner: venant du nord, on remontait le Furggentäli, puis l’on descendait par la Clabineralp. Vers l’an 800, des Alamans prirent ce chemin pour s’installer dans le Valais central. Des contrats du XIIe et du XIIIe s. attestent que le plateau du col servait de pâturage et qu’il y existait une auberge (hôpital). Des sources historiques et la date de 1549 gravée au lieudit Chlöfu prouvent que, dès le début du XIVe s., un chemin pédestre tracé dans la falaise permettait d’éviter l’ancienne G. Il fut progressivement amélioré. En 1739, vu la notoriété grandissante des bains de Loèche auprès des curistes alémaniques, on décida de le rénover, avec l’aide du canton de Berne, qui souhaitait créer une liaison directe avec la route commerciale du Simplon. Le Tyrolien Anton Lung et ses ouvriers menèrent les travaux entre 1739 et 1741. L’ancienne G. fut abandonnée. En 1762, on prolongea le nouveau chemin jusqu’à Thoune, où il se trouva relié au réseau bernois de routes carrossables. Cependant, aucun commerce de transit ne se développa, pour diverses raisons: manque d’une organisation de transport efficace, obstacles administratifs, durée du trajet pratiquement aussi longue que par d’autres cols. Passage d’importance régionale, la G. perdit son rôle à cause du chemin de fer, avant d’en retrouver un grâce au tourisme. Depuis 1957, un téléphérique la relie à Loèche-les-Bains.
Vue panoramique du versant sud de la Gemmi. Dessin aquarellé par Samuel Bodmer, 1701 (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv).
Ce panorama vertical décrit le chemin allant de Loèche-les-Bains au col de la Gemmi. Réalisé par Samuel Bodmer sur la demande de Johann Jakob Scheuchzer, celui-ci en publia une reproduction en 1707, gravée à l’eau-forte par Johann Melchior Füssli, dans sa publication hebdomadaire intitulée Beschreibung der Natur-Geschichten des Schweizerlands.

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