Silvesterchlausen (décembre 2024)

31 Déc 2024 | 0 commentaires

Au pays d’Appenzell, on célèbre deux fois le réveillon du Nouvel An : le 31 décembre selon le calendrier grégorien et le 13 janvier selon le calendrier julien. Les Silvesterchläuse interviennent à ces deux dates. À cet égard, on distingue les «schöne Chläus», les «wüeschti Chläus» et les «Naturchläus». Les «Schönen» portent des coiffes ornées de scènes de la vie paysanne, dont la réalisation à la main exige des centaines d’heures de travail. Les «Wüsten» et les «Naturchläuse» arborent, quant à eux, des chapeaux, des coiffes et des masques richement décorés. Tôt le matin, les Silvesterchläuse se mettent en branle, cheminent d’une maison à l’autre et souhaitent la bonne année à la foule avec des chants festifs et religieux. Le soir, ils terminent leur périple dans les auberges jusqu’à minuit…

En ce dernier jour de 2024 nous avons fait le déplacement d’Appenzell pour assister à une des traditions bien vivantes de Suisse : le “Silvesterchlausen”. Le “Silvesterchlausen” à Urnäsch et dans les environs (Appenzell Rhodes-Extérieures) est, avec la montée à l’alpage, l’une des coutumes appenzelloises connues dans toute la Suisse. Cette coutume tire sa fascination de l’association unique de contraires tels que la nature et l’art, le mystère et la tradition ainsi que l’harmonie et l’anarchie.

Nous avons dormi à Hundwil (pas loin d’Appenzell et d’Urnäsch). Nous nous sommes levés un peu avant le lever du soleil et sommes partis à la recherches des Schuppel (groupe de Silvesterchläuse) qui vont de maison en maison, chaque année différemment et selon leur strech (itinéraire) secret. Le son des cloches dirigent nos pas.

Nous tombons sur le premier groupe à la périphérie du village. Nous resterons dans le secteur pendant toute la matinée. Nous avons ainsi pu suivre 6 groupes représentant tous les “styles”.

Dans l’après-midi nous avons fait un petit saut à Urnäsch. Mais la plupart des groupes sont en pause… Cela peut se comprendre. Après une très longue matinée, ils ont besoin d’un peu de repos avant d’entamer la tournée des restaurants en début de soirée …

Cette plongée dans ce monde folklorique et traditionnel est une expérience incroyable et à revivre … D’ailleurs nous avons déjà projeté de revenir l’année prochaine …

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Zäuerli avec doubles clochettes caractéristiques de Chlausen en rythme parfait (extrait du CD “Chlausezäuerli”) © Chlausegruppe Stein AR, 1997

Un Schuppel d’Urnäsch chante le Zäuerli en deux parties “Chemifeger Fässlers” de la famille locale de Chlausen Fässler, qui fait partie des rares morceaux avec un nom (tiré du CD : “Am alte Silveschter z’Urnäsch” © Cyrill Schläpfer/CSR Records Zurich, 1991

Toutes les informations sur le site tu tourisme du canton d’Appenzell (ici)

Dans la matinée, les Chläuse commencent leur tournée ; ils vont de ferme en ferme, de maison en maison, pour souhaiter la bonne année aux habitants. Apercevoir le premier Schuppel (groupe) qui arrive par la route est un grand moment. Les règles sont précises : chaque groupe se compose généralement de six hommes, à savoir le meneur, le «Vorrolli», suivi des «Schelli», et enfin le «Noerolli» qui ferme la marche. Premier et dernier portent treize gros grelots fendus, fixés sur un harnais de cuir rembourré à la taille, au dos et aux épaules; les quatre autres portent des cloches de vache.

On compte trois types de Schuppel différents : les Wüeschte (laids) se reconnaissent à leurs costumes de fourrure et de feuillage et surtout à leurs masques cornus ; les Schöwüeschte (beaux-laids), aussi appelés les Waldkläuse ou Naturkläuse, aux costumes faits de feuilles mortes, de pommes de pin, de branchages de sapin, de mousse, et même de coquilles d’escargots. Enfin, les Schöni (beaux) sont probablement les personnages favoris de ceux qui découvrent le spectacle pour la première fois ; les uns sont déguisés en femme («Wiiber»), avec un masque semblable au visage d’une poupée de porcelaine, les autres en homme («Mannevölcher»), avec un masque barbu. Sur leur tête, une coiffe extraordinaire ornée de miniatures en bois représentant des scènes de la vie alpestre, des collines, des bergers et des vaches, mais aussi des petits mondes modernes, aérodrome, station de ski… Un enchantement pour les petits et les grands. Les coiffes, ornées de perles, brillent la nuit grâce à des LED, comme une touche de modernité au service de la tradition. Tous ces hommes ont passé des centaines d’heures à préparer leur costume, et les coiffes sophistiquées sont utilisées deux à trois années de suite.

Arrivé devant la maison, le Schuppel secoue ses grelots, se balance et sautille en rythme, avant d’entamer par trois fois un Zäuerli, un yodel polyphonique typique de la région. Sur le millier de chants existants, une trentaine serait encore pratiquée aujourd’hui. Les Chläuse se voient récompensés de thé ou vin chaud, qu’ils boiront avec une paille, masque oblige, et d’une somme symbolique, pour leur donner du courage et du cœur à l’ouvrage.

Les costumes sont lourds – entre vingt et trente kilos –, la journée longue. La coutume est intimement liée aux habitants de la région. Les groupes choisissent les maisonnées et les fermes dans lesquelles ils vont se rendre, et les anciens ont souvent eux-mêmes été des Chläuse dans leur temps. Le poids, la fatigue, l’émotion, les invitations répétées : avant la fin de la journée, les Chläuse entrent souvent dans un état second.

La coutume des “Chlausen” a été mentionnée pour la première fois par écrit en 1663, en rapport avec une interdiction. La Réforme au début du 16e siècle avait déjà divisé l’Appenzell en deux demi-cantons : l’Appenzell Rhodes-Intérieures catholique et l’Appenzell Rhodes-Extérieures réformé. A cette époque, on cultivait encore cette coutume pendant la période de Noël, car comme le nom “Chlausen” le laisse supposer, elle a un rapport avec Saint Nicolas. On peut donc exclure tout lien avec des coutumes similaires d’origine païenne visant à chasser les démons et les mauvais esprits, comme la Tschäggätta dans le Lötschental valaisan. L’Eglise réformée a cependant déclaré la période de Noël comme période de repos et a interdit la “St Niclaussen an dem H. Wiehnachtfest […] mit Herumblauffen, Polderen und Schellen bey der Nacht”. Malins comme ils sont, les Appenzellois ont tout simplement déplacé cette coutume au jour de la Saint-Sylvestre. Rebelles comme ils le sont, les Appenzellois s’en sont tenus à l’ancien calendrier julien, selon lequel la Saint-Sylvestre tombait le 13 janvier. Ils n’ont accepté le calendrier grégorien, introduit dès 1582, qu’au 19e siècle. Mais en plus du 31 décembre comme jour de la Saint-Sylvestre, ils ont également conservé le 13 janvier comme ancien jour de la Saint-Sylvestre afin de maintenir la coutume. Sauf si l’un des deux jours est un dimanche. Dans ce cas, la date correspondante est avancée au samedi.

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