Le bisse du Rho (parfois aussi appelé Ro), sur les hauteurs de Crans-Montana, est l’un des plus beaux bisses de Suisse romande. Le parcours, d’une durée d’un peu moins de 3 heures (pour l’aller et retour) est bien sécurisé. Les passages délicats sont bien aménagés. Depuis 2020, une nouvelle passerelle, la passerelle du bisse du Rho, longue de 125 mètres et haute de 80 m, permet d’éviter une zone dangereuse.
Il y a trois ans j’avais déjà parcouru ce bisse (voir ici). Il n’était pas aussi bien aménagé qu’aujourd’hui. La passerelle a permis d’éviter un passage très scabreux où de simples planches étaient posées au bord du précipice (voir ci-dessous).

Contrairement à mon premier passage ici, je parcours le bisse en aller et retour depuis Plans Mayens au-dessus de Crans-sur-Sierre. Il faut parcourir 2,5 km pour arriver à la passerelle. Elle impressionne par sa stabilité et sa largeur. Elle n’a rien à voir avec celles du bisse de Torrent-Neuf (au-dessus de Savièse) qui sont étroites et assez “flottantes”.
Pour prolonger un peu l’effort je poursuis mon chemin jusqu’au croisement des chemins qui permettent d’atteindre le barrage de Tseuzier et Er de Chermignon. Cette deuxième partie est nettement moins intéressante et moins bien aménagée.
toutes les photos ici.
carte interactives de la région
altitude de départ : 1556 m
altitude d’arrivée : 1556 m
altitude minimale : 1556 m
altitude maximale : 1664 m
dénivelé positif : +380 m
dénivelé négatif : – 380 m
temps de parcours : 3 h
distance totale : 8100 m
itinéraires de promenades au fil de l’eau : site
Le nom de ce bisse se trouve écrit Rho, Rot, Roh et Rô. Ce mot évoque le mot Ru par lequel les Valdôtains désignent leurs canaux d’arrosage. Il provient du verbe latin ruere, qui signifie couler, plutôt que d’un couloir impressionnant traversé par le bisse et dénommé le Roc.
Ce bisse a été construit à une date inconnue, mais qu’on peut situer avant le Grand-Bisse, dans la première moitié du XVème siècle. Le 9 mai 1502, les quatre quartiers de Lens se répartissent les tronçons à entretenir de ce bisse.
En 1521, alors qu’il venait d’être réparé et agrandi, les consorts en adoptent les règlements. Les reconnaissances du bisse sont renouvelées en 1547, 1554, 1586. Les reconnaissances de 1795 comprennent le bisse et l’étang du Louchet, attenant au village de Lens, au nord, et formant une réserve d’eau pour l’arrosage des propriétés du quartier de Lens.
Le 1er novembre 1608, le quartier de Lens fait une convention avec le maçon Paryachen, demeurant à Chermignon-Dessus. Celui-ci est chargé de tailler dans le roc un nouveau lit pour le bisse du Rô à la Zoura et au Darbellyr, tronçon dont l’entretien incombait au quartier de Lens. Ce bisse a été agrandi selon convention du 27 septembre 1837.
Il est question, dès 1854, d’utiliser l’eau d’Huiton pour augmenter le débit du bisse du Rô (d’Amont). Une commission fut envoyée sur les lieux, en 1854, le 3 octobre, puis une autre le 27 et 28 septembre 1858. Celle-ci se rendit d’abord à Aziè. Elle découvrit des vestiges de travaux faits en 1757 et 1839 pour détourner sur la contrée de Sierre l’eau d’un étang, source de l’Ertentse. Mais ce bisse ne leur sembla pas avoir été utilisé. Si la contrée de Sierre tentait de le remettre en état, Lens devrait s’y opposer. La contrée le tenta en 1921 en pratiquant une galerie longue d’une cinquantaine de mètres pour détourner l’eau de l’étang supérieur d’Aziè situé à l’altitude d’environ 2780 mètres. Cette galerie se révéla inutile par suite de la baisse du niveau de l’étang. D’Aziè, la commission se rendit à Huiton. Elle constate que le lac d’Huiton est alimenté par un torrent venant du glacier et ce lac ne déborde jamais. Ce qui signifie que l’eau se perd dans des crevasses. Au sud-ouest de ce lac se trouve un replat dit Balleluez où l’eau se perd dans des crevasses qui paraissent en communication avec la source appelée les Evoues de Vatzeret. Si cette communication se vérifie, il y a lieu de percer la rive du lac supérieur pour conduire l’eau à Balleluez d’où elle descendra aux Evoues de Vatzeret. De là, il n’y a pas de difficulté pour la conduire au bisse du Rô.
Au cours des années, les travaux exécutés de 1859 à 1867, à Huiton, se révélèrent insuffisants, surtout lors de la sécheresse de 1921. Cette constatation et l’existence d’un chômage désastreux décidèrent la Grande Bourgeoisie et le consortage du Rô à compléter ces travaux. Le Service cantonal des Améliorations foncières fit élaborer un projet par le bureau technique de P.-A. Bonvin, à Sion.
Le 25 juillet 1925, le bisse du Rô étant mis en charge, on a mesuré un débit de 120 litres/seconde à la sortie du tunnel inférieur d’Huiton. Par les jours chauds, il atteindra 400 litres/seconde. Les travaux ont bien rendu le service attendu. Le bisse du Rô s’alimente donc au lac d’Huiton et au cours de l’Ertentse, à l’altitude de 1750 mètres environ. A travers des rochers vertigineux et des pans de forêt, il atteint le Grand-Partiteur (Grand-Partichiou) d’où il se dirige moitié sur Lens-Icogne, moitié sur Chermignon-Montana. Cette dernière moitié alimente de nombreux étangs qui servent à l’arrosage. La longueur du bisse, de l’Ertentse au Grand-Partiteur, est de 5 km. 343.
Les progrès de la technique devaient faire naître l’idée d’un tunnel par-dessous le Mont-Lachaux qui remplacerait le long et difficile cours de ce bisse. De fait, dès 1905, l’ingénieur Dominique Clivaz établit un projet de tunnel par-dessous la montagne. Il fut refusé comme étant trop onéreux. Le même ingénieur fit un projet plus grandiose incorporant le bisse à une chaussée de route qui irait jusqu’au Rawyl. D’autres projets se firent en 1910, 1912 et 1930, mais restèrent à l’état de projets.
Ce n’est qu’en 1942, sous l’impulsion du Service cantonal des Améliorations foncières que cette idée se réalisera.
Au début d’août 1945, avant les finitions, à cause de la grande sécheresse, le tunnel peut livrer passage à l’eau de l’Ertentse. La période d’arrosage finie, on fit dans le tunnel les revêtements nécessaires et le 2 avril 1946, eut lieu la mise en charge du tunnel … A 11 heures, Fabien Rey, président de la Grande Bourgeoisie, lève l’écluse et l’Ertentse se déverse dans le tunnel.
Qu’allait devenir le canal du bisse du Rô ? La Grande Bourgeoisie interrogée à ce sujet par la société de développement de Montana, répondit en juillet 1949, qu’elle ne s’occuperait plus du tout de ce bisse, ni du sentier qui le longe. Dès lors, cette même société s’occupe de maintenir comme promenade pour les touristes le tracé du bisse désaffecté.
Le tunnel constituait aussi un raccourci facile pour sortir les fruits des alpages et les bois abattus. Il fut utilisé à ces fins. Il y eut même un char fabriqué spécialement pour ces transports. Er de Chermignon conclut une convention avec la Grande Bourgeoisie en septembre 1954 pour utiliser le tunnel comme passage pour l’utilité du consortage.
En 1958, le 23 février, le mode d’irrigation est modifié en ce sens que les droits d’eau seront répartis en raison des surfaces irrigables.
Extraits des textes tirés du livre “Le Mont de Lens” du Chne Quaglia

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