Harris (Na Hearadh)

19 Août 2025

Harris (Na Hearadh en gaélique) : Son nom vient du vieux norrois et signifie « haute terre ». Harris ressemble à une île ancienne et possède certains des terrains les plus isolés et accidentés d’Écosse. Son paysage est constitué de collines et de pics imposants, formés à partir de certaines des roches les plus anciennes de la planète. Si vous venez de Lewis, Harris vous semblera immédiatement déserte ; si vous arrivez par le nord depuis les Uists, Harris vous surprendra par son relief abrupt.

Un coup d’œil à la carte révèle que Harris n’est pas une île, mais fait partie de la même masse continentale que Lewis. La frontière entre les deux s’étend d’ouest en est, du Loch Rèasort à Aline, sur la rive du Loch Seaforth (Loch Shiophoirt), au pied des North Harris Hills. En réalité, la frontière est parfois floue, et les terres situées autour du point de séparation entre les deux îles sont visuellement indiscernables. Les collines du nord de Harris ne sont peut-être pas des Munros (terme écossais désignant une colline de plus de 914 m d’altitude), mais elles forment néanmoins une barrière importante, représentant non seulement le côté Harris de la frontière, mais aussi une ligne de partage des eaux et une girouette, qui maintient souvent une partie de Harris humide tandis qu’une autre est baignée de soleil.

Harris est divisée en deux parties, Harris Nord et Harris Sud. La moitié nord est accidentée, montagneuse et peuplée d’une poignée de villages minuscules et dispersés. Le sud est presque aussi vallonné, mais possède, autour de Luskentyre, une série de plages magnifiques. Le nord et le sud sont reliés par une membrane géologique très fine, un isthme étroit, au niveau du petit port de Tarbert (An Tairbeart).

POINTS FORTS

« Les plages, les paysages marins et les collines de Harris se combinent pour créer l’un des paysages les plus spectaculaires des îles britanniques, avec des kilomètres et des kilomètres de vastes plages de sable fin adossées à un arrière-pays à la fois extraordinairement luxuriant et austère. Au cœur de cette majesté naturelle se trouve Luskentyre (Losgaintir), une petite commune qui a donné son nom à l’ensemble des plages qui s’étendent le long de la côte sud-ouest de Harris. Vous vous retrouverez probablement dans le petit port de Tarbert (An Tairbeart) pour faire vos achats essentiels, mais la commune offre également quelques bons endroits où séjourner et manger. À l’est de Tarbert se trouve l’île de Scalpay (Sgalpaigh), qui offre de belles promenades et une culture particulière, mêlant des familles installées ici depuis des générations et des nouveaux arrivants. Les collines du nord de Harris attirent les randonneurs pour leurs paysages sauvages à couper le souffle et la possibilité d’escalader le Clisham (An Cliseam), le plus haut sommet des Hébrides extérieures. À l’ouest de Tarbert se trouve la péninsule isolée de Hushinish (Huisinis), accessible par une route qui passe devant la porte d’entrée du château d’Amhuinnsuidhe (prononcé « AVIN-sooee »). À l’est de Tarbert, une route sinueuse mène à l’avant-poste isolé de Rhenigidale (Reinigeadal). Plus au sud, le port de Leverburgh dégage une atmosphère désolée et constitue un lieu de passage incontournable en attendant le ferry qui traverse le détroit de Harris pour rejoindre les îles du sud. Au sud-est de Leverburgh, là où les routes de l’île convergent et rejoignent la mer, se trouve la magnifique église médiévale de St Clements à Rodel (Roghadal). Avec ses affleurements de gneiss lewisien érodés par les glaciers lors de la dernière période glaciaire et ses rochers qui jaillissent du sol, il est difficile de croire que le paysage lunaire de la côte sud-est de Harris, connu sous le nom de The Bays (Na Baigh), appartient à la même île que les franges occidentales luxuriantes et plus douces.

HISTOIRE

L’occupation humaine de Harris a commencé au moins 3000 ans avant J.-C., pendant le néolithique ou l’âge de la pierre nouvelle. Certains sites ont été identifiés sur le machair autour de l’actuelle Northton, dans le sud, où les pâturages devaient être bons et le sol facile à cultiver, comme c’est encore le cas aujourd’hui. Des middens (fosses à déchets) ont révélé des outils en os de bois de cerf et des tessons de poterie, ce qui suggère que ces premiers habitants n’étaient pas seulement des chasseurs-cueilleurs, mais aussi les premiers agriculteurs des îles à s’être installés sur le machair.

À l’époque viking, Harris est devenue un centre de pouvoir distinct de Lewis. La partie ouest de Harris était densément peuplée sous la seigneurie des Îles entre 1266 et 1494, puis sous la domination des Macleod, la plupart des villages étant situés là où le machair fertile pouvait être cultivé. En été, les animaux paissaient sur les terres plus élevées et le long de la côte des baies orientales.

Les Macleod de Harris et Dunvegan sur l’île de Skye ont conservé la propriété d’une partie ou de la totalité de Harris pendant 500 ans. En 1779, Harris fut vendue par les Macleod de Dunvegan à Alexander Macleod de Berneray, qui se lança dans une mission que l’on pourrait aujourd’hui qualifier d’autocratie philanthropique bien intentionnée : il fournit des terres et des fermes sans loyer, créa une filature, construisit une école et une auberge, et posa les bases du réseau routier qui existe encore aujourd’hui. Son principal motif était toutefois de tirer profit de la terre pour subventionner son train de vie extravagant. Les moutons et les cerfs remplacèrent les communautés actives le long de la côte ouest. Les expulsions se poursuivirent sous les descendants de Macleod et la plupart des fermes de la côte ouest furent rasées entre 1828 et 1853 pour faire place à de grands élevages ovins.

Pendant cette période, des centaines de familles de Harris ont émigré vers le Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, et vers les Carolines.

Pour aggraver encore la situation, les maisons traditionnelles, appelées « blackhouses », ont été démolies et leurs matériaux ont été utilisés pour construire les murs en pierres sèches qui délimitaient les nouvelles fermes ovines. Ceux qui ont été chassés se sont réfugiés dans les baies, le long de la côte est, au sud de Tarbert, une région accidentée et inhospitalière. Là, pour tenter de survivre, des agriculteurs résilients ont ingénieusement rassemblé la terre peu profonde en plates-bandes surélevées, l’ont mélangée avec des algues, de la potasse et de la vieille paille pour cultiver des pommes de terre et des céréales sur de petits sillons dont on peut encore voir les crêtes aujourd’hui. Ces bosses de terre ondulées, connues sous le nom incongru et ironique de « lazybeds » (lits paresseux), un nom tout à fait inapproprié puisqu’il s’agissait d’un travail éreintant, sont encore visibles aujourd’hui. Lorsque le mildiou de la pomme de terre frappa en 1845, les agriculteurs se retrouvèrent dans une situation désastreuse, n’ayant d’autre choix que d’émigrer ou de tenter de survivre dans des conditions difficiles.

Dans les années 1850, cependant, les Bays se relevaient : le mildiou de la pomme de terre était de l’histoire ancienne et le Harris Tweed avait été relancé comme activité commerciale par Lady Dunmore. Les conséquences démographiques sont encore visibles aujourd’hui, avec une population déséquilibrée, majoritairement concentrée sur les franges rocheuses de gneiss de l’est, plutôt que sur les machairs fertiles de la côte ouest.

Exaspéré par son expérience à Lewis (“Bridge to Nowhere”), Lord Leverhulme acheta Harris en 1918 et façonna son destin presque autant que celui de son voisin du nord. Il fut toutefois confronté à des problèmes similaires, car les petits fermiers et les soldats de retour de la Première Guerre mondiale cherchaient à obtenir réparation pour les transactions foncières injustes qui leur avaient été imposées après les clearances. Leverhulme a étendu le réseau routier, créé une nouvelle filature et acheté une station baleinière norvégienne. Il est mort en 1925, laissant ses rêves s’évanouir, faute d’une volonté locale pour les concrétiser. L’après-guerre a vu le démantèlement des fermes du machair de Harris, qui ont été remplacées par des villages de petits fermages principalement peuplés de familles originaires des Bays. Aujourd’hui, la pêche et, de plus en plus, le tourisme sont les principaux moteurs de l’économie, avec la pêche au homard, aux coquilles Saint-Jacques et aux crevettes au large de Scalpay et de Leverburgh.

NORTH HARRIS (CEANN A TUATH NA HEARADH)

Terrain largement dépourvu d’arbres et de constructions humaines, North Harris est peu peuplé, avec environ 700 habitants, dont la moitié vit à Tarbert et le reste dans de petits hameaux dispersés le long du littoral. Le domaine de North Harris comprend 29 500 hectares de petites exploitations agricoles, de pâturages communs et de collines ouvertes, dont Clisham. L’ascension vers North Harris depuis Lewis, le long de l’A859, est une expérience tout simplement sensationnelle, l’une des entrées les plus spectaculaires dans une région que vous puissiez espérer faire. La route émerge des bois d’Aline et longe le sud d’Alt Linne et Bogha Glas (Bowglass), offrant une vue imprenable sur le Loch Seaforth (Loch Shiophoirt) avant de gravir deux immenses virages en épingle à cheveux qui traversent le cœur des collines de Harris. À ce stade, loin en contrebas, ce qui semble faire partie du continent de Harris est en fait l’énorme masse de l’île de Shiophoirt qui s’élève au-dessus des eaux du loch. Il y a à peine une demi-douzaine de routes publiques dans tout le nord de Harris : outre l’A859, la solitaire B887 se dirige vers l’ouest jusqu’à Hushinish, en grande partie à voie unique ; tandis qu’une route non classée serpente à l’est de Tarbert jusqu’à la chaussée de Scalpay, et qu’une autre s’éloigne plus au nord de Tarbert vers Rhenigidale.

GÉOLOGIE : North Harris est un paysage façonné par une glaciation classique, dont les traces sont visibles partout : le sol est jonché d’énormes rochers, appelés blocs erratiques, déposés par le retrait des glaciers. Les collines sont escarpées et montagneuses malgré leur altitude modeste, et sont découpées par des vallées et des lochs creusés par les glaciers. La tourbe s’est formée dans de nombreuses vallées et sur les flancs des collines. Sur les crêtes et les sommets plus exposés, cependant, les sols sont minces ou inexistants et le substrat rocheux, principalement constitué de gneiss lewisien, est exposé à la surface.

Aussi étrange que cela puisse paraître, la route principale, l’A859, est l’une des principales attractions du nord de Harris. Véritable prouesse technique, elle grimpe en une série de virages en épingle à cheveux spectaculaires, passant de seulement 15 mètres au-dessus du niveau de la mer à plus de 180 mètres en moins de 3 kilomètres. La route se redresse ensuite vers le sud et offre une vue vertigineuse sur Harris, avec les terres à l’est, tout près de la route, qui descendent vers le Loch Seaforth. Le paysage est spectaculaire par tous les temps. Dans la brume, l’atmosphère est mélancolique ; sous une pluie battante, l’eau semble jaillir de la tourbe, créant des cascades qui se déversent sur la roche nue comme un débordement de gouttières géantes. Les vents violents combinés à la pluie provoquent un phénomène rare de cascades inversées, avec des jets d’eau soufflés vers le haut des flancs de la montagne. Si le ciel est dégagé, vous garderez à jamais en mémoire ces vues imprenables. Des places de stationnement pratiques vous permettent de vous arrêter pour admirer le spectacle.

Juste au sud de la ligne de partage des eaux, une petite route bifurque sur la gauche et descend en lacets serrés vers le hameau de Màraig, qui surplombe le petit loch abrité du même nom. Une bifurcation sur la gauche mène au hameau et, juste derrière les quelques maisons, se trouve un autre des magnifiques cimetières des Hébrides extérieures. Il est divisé en deux parties : l’une moderne, l’autre vraiment ancienne, avec des pierres tombales effritées et érodées par le temps, éparpillées sur une colline accidentée et inégale recouverte de gazon.

De retour à la bifurcation, la route continue vers l’est en descendant une série de lacets sur 6 km. Au bout de la route se trouve la petite communauté de Rhenigidale, qui surplombe une source embryonnaire du Loch Trolamaraig. La baie est isolée et offre une vue sur le Minch jusqu’à Skye. Le village doit principalement sa renommée au fait qu’il aurait été la dernière communauté à être reliée au réseau routier britannique. Il y a encore 20 ans à peine, le village n’était accessible qu’à pied par un col depuis Tarbert, ou par la mer. Avant les expulsions du début du XIXe siècle, Rhenigidale ne comptait que deux bergers, car la sagesse populaire voulait que les sols pauvres ne puissent nourrir que deux personnes. Mais lorsque les habitants ont été chassés des terres fertiles de la côte ouest, la population a gonflé pour atteindre 100 personnes, qui se sont tournées vers la pêche, en particulier celle du hareng, pour gagner leur vie. Cette activité s’est avérée peu rentable pour la plupart et l’émigration a fait chuter la population à seulement dix habitants dans les années 1980. À ce moment-là, Rhenigidale semblait voué à rejoindre la longue liste des villages abandonnés. Mais une campagne énergique a été lancée pour faire construire une route, ses partisans arguant que cela encouragerait les gens à s’installer. Une route a finalement été creusée à travers les blocs de gneiss et ouverte en 1989. La population est aujourd’hui de 20 habitants et le village compte une auberge très appréciée.

Hushinish (Huisinis) : La péninsule de Hushinish s’étend sur 22 km le long de la route à voie unique B887. Le voyage se termine à la plage et dans la petite communauté du même nom. La route serpente et monte en même temps, suivant étroitement les contours du terrain qui longe West Loch Tarbert (Loch a’ Siar). On a l’impression d’être sur une route menant au bout du monde, comme celles que l’on pourrait s’attendre à trouver au fond de la Patagonie. À environ un kilomètre et demi, vous passez devant l’ancienne station baleinière norvégienne de Bunavoneadar (Bun Abhainn Eadarra), construite en 1912. La station a fonctionné jusqu’au début de la Première Guerre mondiale, puis de 1918 à 1922. C’est alors que Lord Leverhulme est intervenu et a racheté la station avec l’intention louable de créer des emplois. Bien que les machines aient été révisées en 1923 et que trois nouveaux navires aient été achetés pour chasser la baleine dans l’Atlantique, le projet s’est soldé par un échec financier cuisant. Cela était dû au plan commercial inhabituel de Leverhulme : il avait l’intention de produire de l’huile, mais, s’intéressant aux fumoirs traditionnels des îles, il s’est demandé si la viande de baleine fumée et les saucisses de baleine pouvaient être exportées vers l’intérieur de l’Afrique. Sans surprise, Leverhulme a rapidement changé d’avis et la station a fermé ses portes. Le souvenir le plus marquant de cette étrange aventure est l’élégante cheminée carrée en briques de terre cuite.

Tout aussi inattendu qu’une station baleinière, le court de tennis de Bunavoneadar se trouve à environ un kilomètre et demi plus à l’ouest. Il offre l’occasion improbable de jouer sur ce qui est considéré comme le court de tennis le plus isolé au monde. Le revêtement est en gazon artificiel de bonne qualité et vous pouvez louer le court avec des raquettes et des balles. Si la pluie vous empêche de jouer, vous pouvez même vous abriter dans le petit pavillon en bois.

À huit kilomètres de la sortie de la route principale se trouve le minuscule village de Miabhaig. C’est le point de départ d’une magnifique promenade spectaculaire qui remonte le glen vers le nord jusqu’à l’observatoire des aigles de North Harris. Construit par le North Harris Trust, l’observatoire se trouve dans le territoire des aigles royaux. C’est une promenade agréable sur un bon sentier qui suit le cours de la rivière Mhiabhaig. La B887 passe ensuite devant l’entrée du château d’Amhuinnsuidhe. En 1868, le château a été construit par le comte de Dunmore qui aurait pris la décision de le construire après avoir été irrité par ce qu’il considérait comme un affront à l’égard de la première maison modeste des Dunmore à Rodel. La remarque avait été faite par la future épouse du fils du comte : rejoignant la longue liste des personnes qui ont mis les pieds dans le plat avec leurs futurs beaux-parents, la fille de MacDonald de Sleat avait fait remarquer que son père possédait des écuries plus grandes que celles de la maison du comte. Le château a ensuite appartenu à Thomas Octave Murdoch Sopwith, célèbre pour ses avions Sopwith Camel. Un barrage avec des chutes spectaculaires se trouve juste derrière les pelouses du château. De juin à septembre, vous avez de bonnes chances d’apercevoir des saumons sauter ici alors qu’ils remontent le courant pour frayer. Cette route se termine à Hushinish, une communauté qui possède une magnifique plage de coquillages et offre une vue imprenable sur South Harris. Le sable s’accumule loin à l’intérieur des terres et les groupes environnementaux affirment, sans que l’on puisse le contester, que cette plage contient un pourcentage de fragments de coquillages (92 %) plus élevé que n’importe quelle autre plage d’Écosse. Le machair ici est d’une couleur kaki-moutarde envoûtante et se couvre de fleurs, de saules rampants et de jacinthes des bois écossaises, ou campanules, à la fin de l’été.

L’île de Scarp a été colonisée en 1803 et, à son apogée, sa population atteignait 200 habitants, mais celle-ci a diminué et la dernière famille de petits fermiers a quitté l’île en 1971. L’un des principaux facteurs de ce déclin était la mer agitée, qui pouvait isoler l’île pendant plusieurs jours, même si elle n’est qu’à 350 mètres du « continent » de Harris. Les difficultés ont été mises en évidence en janvier 1934, lorsque Christina Maclennan, enceinte de jumeaux, a accouché dans des conditions difficiles. Une sage-femme de 85 ans a mis au monde Mary, la première des deux bébés, mais a insisté pour que la mère soit transportée par bateau vers le continent afin d’accoucher du deuxième jumeau. Elle a été conduite à Tarbert, puis à Stornoway. Elle a finalement donné naissance à Jessie deux jours plus tard, sur une autre île. Entre-temps, Gerhardt Zucher, un scientifique allemand spécialiste des fusées, avait convaincu le gouvernement britannique de financer un projet de recherche visant à acheminer le courrier plutôt que les bébés vers l’île. Le plan consistait à attacher le courrier à une fusée et à la lancer au-dessus des eaux. Si tout se passait bien, affirmait M. Zucher, le projet pourrait être étendu aux îles et communautés isolées des îles Britanniques. Malheureusement, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. En juillet 1934, une fusée remplie de milliers de lettres portant la mention « Western Isles Rocket Post » échoua lamentablement, explosant dès sa première tentative. Une deuxième tentative fut tout aussi infructueuse. Les Britanniques le renvoyèrent alors en Allemagne, le jugeant « une menace pour les revenus de la poste et la sécurité du pays ». Il fut arrêté dans son pays natal, soupçonné d’espionnage pour le compte des Britanniques, mais servit plus tard dans la Luftwaffe. Il passa le reste de sa vie à échouer, encore et encore, à lancer des fusées postales à des fins commerciales, ou même en toute sécurité, une entreprise qu’il poursuivit jusqu’à la fin de ses jours. Toute cette saga est racontée dans le film captivant The Rocket Post, sorti en 2002. Il va sans dire que si l’idée de traverser à gué jusqu’à Scarp peut sembler tentante à marée basse, il s’agit en réalité d’une entreprise extrêmement imprudente et dangereuse.

Randonnée dans les collines du nord de Harris : La plupart des collines remarquables des Hébrides extérieures sont regroupées dans le nord de Harris, et leur limite nord marque la frontière avec Lewis. Si Clisham est la plus haute et offre une vue imprenable depuis son sommet par temps clair, de nombreux randonneurs affirment que les collines à l’ouest sont encore plus impressionnantes avec leurs falaises abruptes et leurs vallées glaciaires dignes d’un livre d’histoire. L’ensemble du site est désormais géré par le North Harris Trust, qui s’est rapidement mobilisé dès les premières années de sa prise de possession pour rendre les montagnes plus accessibles et permettre aux randonneurs d’être moins exposés aux caprices des crues des rivières. Un vaste réseau de sentiers traverse le domaine sur environ 50 km (30 miles) le long de la côte, à travers des vallons et des passerelles. Le service des gardes forestiers de North Harris  organise des randonnées guidées d’avril jusqu’à la période du rut des cerfs en octobre.

Clisham est le plus haut sommet des îles, culminant à 799 m (2 621 pieds). Relativement parlant, c’est une randonnée plus facile que plusieurs autres sommets de Harris ou South Uist. Cela dit, il faut tout de même franchir des terrains dégagés et des crêtes sans sentier, et certains passages sont proches de précipices vertigineux. L’itinéraire suivant est le plus simple des différentes ascensions ; il permet de gagner du temps et d’économiser des efforts en partant en altitude plutôt qu’au niveau du rivage. Même ainsi, il ne doit être emprunté que par beau temps. Depuis la route, marchez vers le nord-ouest en suivant le sentier qui monte dans le vallon, en gardant la rivière sur votre droite. Le sentier s’éloigne ensuite de la rivière vers la gauche et devient beaucoup plus raide et moins visible. Lorsqu’il disparaît complètement, l’essentiel est de continuer à monter vers Clisham en suivant le plus directement possible. Près du sommet, la crête se rétrécit et le sentier réapparaît, menant après quelques efforts au sommet, qui est entièrement entouré d’un abri en pierre contre le vent. De là, vous pouvez admirer toute la chaîne d’îles qui composent les Hébrides extérieures.

TARBERT (AN TAIRBEART)

Principale ville de Harris et principal port de l’île, Tarbert est située sur l’étroit isthme qui relie le nord et le sud de Harris (« Tairbeart » signifie « isthme » en gaélique). Son emplacement entre l’ouest et l’est du Loch Tarbert est saisissant, la route principale descendant en serpentant entre de hautes collines jusqu’au bord de l’eau. Tarbert est très petite, avec seulement deux routes formant un « T » : Main Street qui traverse le haut du village et Pier Road qui descend vers le quai. Cependant, son système à sens unique, conçu pour faciliter la circulation des ferries, peut donner l’impression que la ville est plus grande qu’elle ne l’est en réalité. Néanmoins, on a facilement l’impression que Tarbert n’est qu’un lieu de passage pour les visiteurs avant de se disperser dans l’arrière-pays de Harris. Ce sentiment est renforcé par l’atmosphère résolument locale de nombreux magasins, qui montre clairement que, contrairement aux ports des Hébrides intérieures tels que Portree sur Skye ou Tobermory sur Mull, les touristes ne sont pas encore les principaux acteurs. À Tarbert, on trouve aussi facilement des seaux galvanisés et du produit pour tremper les moutons que des cartes postales et des parts de gâteau. Cela nous rappelle gentiment que les Hébrides extérieures ont conservé des communautés locales qui ne se sont pas encore prosternées devant l’argent du tourisme.

L’attraction phare du village est la distillerie Isle of Harris Distillery, un bâtiment blanc ressemblant à un entrepôt ouvert en 2015 qui connaît aujourd’hui un succès universel, répondant à l’espoir qu’il attirerait les visiteurs (plus de 200 000 depuis son ouverture) et stimulerait l’économie locale. Le premier malt, le Hearach, qui tire son nom du mot gaélique désignant un habitant de Harris et qui a été élevé dans des fûts de bourbon du Kentucky et des fûts de sherry provenant d’une bodega espagnole, est prévu pour 2020, mais les aléas de la distillation pourraient retarder un peu cette date. En attendant, la production de gin connaît un énorme succès. La distillerie a tenu à s’intégrer dans la communauté et a formé cinq insulaires au métier de distillateur. L’ensemble de l’entreprise est situé à côté du nouveau ponton de Tarbert, qui a bénéficié d’un financement du gouvernement écossais. La combinaison du whisky et des yachts apporte rapidement de l’argent et une animation modérée à Tarbert, qui était jusqu’alors un village endormi.

A 800 mètres à l’est de Tarbert sur la route de Scalpay, vous trouverez le Loomshed, la nouvelle brasserie de Harris, et la seule des Hébrides extérieures. Trois bières y sont brassées (d’autres, dont des bières saisonnières, sont en préparation) : la Crofter (une pale ale insulaire au goût tourbé et malté), la Lasgar (une lager artisanale) et la Poacher (une brown ale). Le localisme est au cœur de cette entreprise, dont les matières premières comprennent l’eau douce de Harris (la roche est si dure que l’eau de pluie rebondit sur le sol et ne recueille aucun minéral avant d’arriver à la brasserie). Le maître brasseur, Calum Bennett, a l’intention de s’approvisionner en seigle des Hébrides pour le processus de brassage et d’aider les petits exploitants agricoles locaux à le cultiver à cette fin. « Nous ne pouvons pas rivaliser avec les grandes brasseries en termes de quantité, mais nous pouvons le faire en termes de qualité », explique-t-il.

SCALPAY (SGALPAIGH) 

À l’est de Tarbert, la route serpente sur 11 km jusqu’à l’île de Scalpay (un nom nordique qui signifie « île des bateaux »). En termes d’intérêt et de caractère, Scalpay, qui ne mesure que 4 km de large et 2,5 km de long, dépasse largement sa taille. C’est une île de petits ponts, de virages serrés et de petites fermes intensivement exploitées, avec une communauté intrigante qui mêle des résidents de plusieurs générations et des nouveaux arrivants. Un dùn (fort) à Loch an Duin constitue la plus ancienne trace de peuplement à Scalpay, et des noms nordiques, tels que Sgorabhaig (baie de Scora), remontent à environ 800 après J.-C. La population a atteint son apogée au milieu du XIXe siècle, tandis que l’industrie du hareng prospérait jusqu’aux années 1980 : dans les années 1960, Scalpay comptait au moins cinq « millionnaires du poisson ». L’auteur Gavin Maxwell, célèbre pour son roman Ring of Bright Water, est passé par ici lors d’une expédition de chasse au requin dans les années 1950. Les requins pèlerins ont été les victimes de l’attention malvenue de Maxwell, ce qui est quelque peu ironique compte tenu de ses convictions écologistes ultérieures. Scalpay donne l’impression d’être un monde à part, en partie parce que jusqu’en 1997, on ne pouvait y accéder que par ferry. Le pont qui relie désormais Scalpay au reste du monde a été construit pour un coût étonnamment bas de 7 millions de livres sterling. Ses lignes épurées et sa portée principale de 170 mètres en font un point de repère lorsqu’on le regarde depuis l’A859, de l’autre côté du loch. La doyenne de Scalpay à l’époque, Kirsty Morrison (103 ans), a été la première à traverser le pont en voiture. L’objet qui ressemble à un bateau en béton dans l’eau lorsque vous traversez le pont est exactement cela : un bateau en béton, le Cretetree, construit pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’acier était une denrée rare. L’île ne semble pas très grande, mais les maisons sont dispersées sur environ 3 km et le dernier recensement a dénombré 290 habitants (environ un sixième de la population totale de Harris). Même si l’école a fermé en 2012, Scalpay est un endroit dynamique. L’île est devenue propriété de la communauté en 2014 lorsque son ancien propriétaire, Fred Taylor, en a fait don aux habitants, qui ont rapidement rejoint le North Harris Trust. Le fait que l’on puisse entendre parler de Harris comme d’une « île au large de Scalpay » est révélateur d’une vision particulière du monde qui en dit long sur la fierté qui règne ici, tout comme la poubelle en forme de pingouin surdimensionnée qui trône depuis longtemps dans l’abri bus témoigne du caractère de l’endroit. Dans ce village, un avis sévère indique que le grand parc de jeux est fermé le jour du sabbat, jour où de nombreuses personnes se rendent deux fois à l’église. Pour certains, les restrictions imposées par le presbytérianisme peuvent être frustrantes ; pour d’autres, elles constituent un frein bienvenu à la tendance à l’uniformisation de tous les jours de la semaine et protègent Scalpay contre le risque de devenir une destination côtière à la mode où la foule métropolitaine risquerait de prendre le dessus. Le visiteur repartira peut-être avec l’impression que Scalpay est un exemple concret du sens du voisinage, où la tolérance mutuelle est mise en avant.

Les deux ports de Scalpay sont des endroits agréables où s’attarder pour observer les oiseaux et profiter du soleil. L’île de Cottam, dans le port nord, abrite une colonie de sternes et sert également de halte aux courlis, aux tournepierres, aux chevaliers gambettes, aux oies et aux goélands. Les nouveaux pontons de 120 mètres de long du port nord ont commencé à ajouter une nouvelle dimension à l’île, encourageant les arrivées par la mer. Cela n’est peut-être pas évident au premier abord, mais Scalpay possède une forte communauté artistique. La géologie de l’île a contrecarré le désir de nombreux habitants d’agrandir leur petite exploitation agricole, et la législation locale, appliquée de manière assez rigide, exige que tout commerce de détail dispose d’un espace pouvant accueillir six voitures. En l’absence de dynamite pour faire sauter les rochers omniprésents, lisser les contours escarpés et dégager suffisamment d’espace pour les visiteurs, ces artistes se retrouvent deux fois par semaine à la foire artisanale de Tarbert.

Outre le simple plaisir de profiter des côtes et des criques de Scalpay, la principale attraction de l’île est le phare d’Eilean Glas. Pendant des années, le phare n’était visible que par les passagers du ferry reliant Uig à Tarbert. Cette structure était un phare extraordinairement grand caché sous un boisseau : on peut dire qu’il s’agit du phare le plus spectaculaire et le plus pittoresque de toutes les Hébrides extérieures. Situé sur un promontoire de la côte est, il a pour toile de fond la péninsule d’Uig sur l’île de Skye et la silhouette en dents de requin de la chaîne des Cuillin. Grâce à la nouvelle piste d’accès (voir encadré ci-contre), le phare est facilement accessible à la plupart des randonneurs.

Un chemin de gravier relativement récent rend le phare de Scalpay beaucoup plus accessible. Cette promenade commence et se termine à Outend, un petit hameau situé à l’extrémité sud-est de Scalpay, à 3,25 km (2 miles) du magasin et du bistrot. Si vous venez en voiture, garez-vous sur les places offertes par la petite ferme de la tisserande Sheila Roderick. Le chemin de gravier qui mène au phare est clair et facile à suivre. Il zigzague à travers les hauteurs avant de descendre vers la côte, offrant une vue imprenable sur le phare. Il faut compter environ 25 minutes pour effectuer cette promenade. Vous pouvez revenir par le même chemin, mais un itinéraire légèrement plus long et un peu plus accidenté fait une boucle vers le sud, au-dessus du phare, jusqu’à Outend. Par temps clair, cette promenade offre des vues exceptionnelles. Au nord, vous pouvez apercevoir toute une série de pics escarpés sur le continent, d’Assynt à la chaîne de Torridon et à Skye, où la géologie en terrasses des Macleod’s Tables semble à portée de main. Au sud, une grande partie de la moitié sud des Hébrides extérieures s’étend au-delà de l’eau. En traversant la lande, guettez quelques espèces d’oiseaux charismatiques, notamment le traquet motteux (le mâle avec son « masque de brigand » caractéristique). D’avril à juin, vous entendrez rarement le chant du coucou. En été, sur les hauteurs, vous verrez des digitales et des reines-des-prés, tandis que les roseaux et les lenticules poussent dans les lochs d’eau douce.

SOUTH HARRIS (CEANN A DEAS NA HEARADH) 

La côte ouest de South Harris est l’emblème des Hébrides extérieures : elle offre une succession fascinante de magnifiques plages et de baies de toutes tailles et de toutes formes qui s’avancent dans l’océan Atlantique depuis un littoral dentelé qui s’élève brusquement vers des collines escarpées et des landes austères. La côte est ne doit pas être négligée : vous y trouverez The Bays, une région d’une austérité étonnante, où de vastes étendues de terre sont pratiquement dénudées, et où les rochers sont séparés par de l’herbe rouge ou par un sol que l’on pourrait qualifier de tourbe noire. Plus au sud, la route A859 serpente jusqu’aux petites communautés de Leverburgh et Rodel, le point le plus au sud de Harris.

La première vue sur les sables de Luskentyre et le détroit de Taransay est à couper le souffle. Depuis le nord, le spectacle s’offre à vous lorsque vous franchissez la crête de l’A859 qui serpente vers l’ouest le long d’un passage creusé dans le gneiss lewisien, autrement imprenable. En venant du sud, les collines de North Harris en toile de fond offrent un décor digne d’un film. Dans tous les cas, il n’est pas surprenant que Luskentyre figure régulièrement dans le panthéon des plus belles plages du monde. L’itinéraire décrit ici va du nord au sud, de Tarbert à Leverburgh et Rodel, mais peut tout aussi bien être parcouru dans le sens inverse.

À environ 13 km au sud-ouest de Tarbert, les Luskentyre Sands annoncent une zone de plages et de promontoires qui s’étend sur 11 km d’est en ouest et 10 km du nord au sud, et qui n’est limitée que par les côtes rocheuses du sud de Harris, à 5 km au nord de Leverburgh. À marée basse, les différentes plages qui bordent la côte ouest semblent se rejoindre et s’entrelacer avec des filets d’eau qui avancent et reculent, et des dunes en perpétuel mouvement.

La partie orientale de Luskentyre est un monde saumâtre de marais salants caractérisé par d’étranges amas d’algues extrêmement photogéniques qui ressemblent à des nénuphars gonflés. Il s’agit de fucacées, de petites algues qui se coagulent pour former des motifs extraordinaires et fascinants ressemblant à de la mousse. L’ensemble de Luskentyre est un site d’intérêt scientifique particulier et les bancs de sable sont riches en aliments juteux tels que les vers de vase, les coques et les coquilles d’algues. À la tête de ce magnifique paysage marin se trouve le Loch Fincastle, un endroit idéal pour observer les libellules en été. Juste à côté du loch et près de la laisse de haute mer, un panneau indiquant Luskentyre (Losgaintir) mène à une route non classée qui mène au village du même nom. Cette piste de 8 km longe la côte nord et offre plusieurs endroits où s’arrêter et se promener. Elle est bordée de superbes mares rocheuses qui raviront les enfants. La route serpente devant un cimetière romantique et descend vers un parking équipé de toilettes publiques. Une courte marche à travers les dunes vous mène à Tràigh Rosamol, une magnifique plage de sable blanc presque parfaitement rectangulaire qui fait face à Taransay et, au nord, à la péninsule de Hushinish. En regardant vers le sud, la plage semble converger vers un point de fuite ; en réalité, si la marée le permet, vous pouvez marcher vers le sud puis vers l’ouest autour des dunes pendant environ un kilomètre et demi, repasser devant le cimetière et remonter les rochers jusqu’à la route à l’un des points où les deux se rejoignent. Le détroit de Taransay, à l’embouchure des sables, est l’un des meilleurs endroits des îles pour observer les eiders.

La bosse en forme de tortue de Taransay (Tarasaigh) est visible au large pendant une grande partie de votre voyage le long de la côte ouest. L’île était peuplée jusqu’en 1974 et a été rachetée à une famille locale pour environ 1 million de livres sterling en 2011. Les nouveaux propriétaires sont le Borve Estate, créé en 1868 par Lord Dunmore, qui possède 1 500 hectares sur Taransay et une superficie similaire sur Harris. Taransay a acquis une renommée nationale en 2000 lorsque la série de la BBC Castaway 2000 a documenté le séjour d’un an sur l’île d’un groupe hétéroclite de volontaires. Quelque 36 personnes, dont huit enfants, ont été autorisées à apporter quelques effets personnels, puis ont élevé leurs propres animaux, cultivé des légumes dans des serres tunnels, vécu dans des cabanes en gazon et même construit une école. Tous sauf une poignée d’entre eux ont tenu bon jusqu’à la fin de l’année. Le Borve Estate est l’un des plus grands employeurs de Harris et gère un troupeau de 220 cerfs rouges sur Taransay, qui se disputent les riches pâturages avec 400 moutons. La fertilité du sol de l’île est améliorée par l’épandage d’algues. Des arbres feuillus indigènes sont replantés sur l’île, mais compte tenu de la rigueur du climat, il faudra probablement attendre 20 ans avant qu’ils ne prennent racine. Borve possède également deux propriétés indépendantes très attrayantes, The Broch et The Rock House, et délivre des permis de pêche. L’accès à Taransay est libre, les îles peuvent donc également être visitées de manière indépendante en kayak/bateau ou dans le cadre d’excursions organisées. L’île est tout simplement magnifique. Si vous avez le temps de flâner, vous pouvez vous promener dans la campagne, traverser l’isthme qui coupe presque l’île en deux et visiter les cimetières de St Keith (traditionnellement le lieu de sépulture des hommes) et St Taran (qui a donné son nom à l’île), qui aurait été un cimetière réservé aux femmes. Selon la légende, divers événements macabres se produisaient chaque fois que le mauvais sexe était enterré dans l’un ou l’autre de ces lieux de repos. Enfin, l’île est depuis longtemps le lieu de reproduction d’un couple d’aigles royaux.

La prochaine plage en direction du sud que vous rencontrerez est Seilebost (prononcé « SHELL-abost ») , où les dunes s’avancent à angle droit dans les sables de Luskentyre, créant une plage dans la plage. Les dunes peuvent atteindre ici 11 à 14 mètres de hauteur, mais leur formation change à chaque tempête hivernale. Cet endroit est reconnu internationalement pour l’hivernage d’oiseaux tels que le bécasseau variable, la barge rousse et le sanderling.

En quittant Seilebost, la route contourne un promontoire, puis un virage à droite descend en contrebas d’un camping jusqu’à Tràigh Nisabost, également connue sous le nom de plage de Horgabost. Horgabost présente une symétrie magnifique, avec un ruisseau gazouillant et une vue sur la baie de Loch a’ Siar, avec en toile de fond les collines de Harris (un rêve pour les photographes).

À 800 mètres de Horgabost se trouve Tràigh lar, un autre paysage de sable d’une symétrie saisissante, cette fois face à Taransay. Vous pouvez y accéder en partant du petit parking de Horgabost, en reprenant la route et en tournant à droite sur 200 mètres jusqu’à un portail dans une clôture sur la droite.

En continuant vers le sud de Lar, les plages suivantes, Tràigh Bhuirgh et Tràigh Mhòr, se jettent contre les rochers près de la route, à proximité du village de Borve (Na Bhuirgh). Elles offrent un spectacle saisissant par mauvais temps, lorsque les vagues viennent se briser contre le rivage et la route. À environ un kilomètre et demi plus au sud se trouve le petit village de Scarista (Scarasta), signalé par le bureau de poste fermé depuis longtemps au-dessus de la plage. La plage de coquillages s’étend ici sur 5 km à marée basse. Une fois encore, les courants marins changent continuellement, créant un effet saisissant avec des îlots de sable entourés d’eau. Comme à Seilebost, les dunes s’étendent à angle droit vers la mer, l’herbe sur leurs crêtes donnant l’apparence d’une chenille géante. Les vues sont vraiment exceptionnelles : la colline de Ceapabhal au sud, les collines de North Harris au nord et l’océan Atlantique entre les deux. Depuis le sol, les couleurs sont sensationnelles : des bandes de vert, de jaune, de bleu et les teintes plus métalliques des collines sombres. Pour accéder à la plage de Scarista, cherchez une boîte aux lettres juste à côté d’une maison en face de Scarista House. Vous trouverez ici un portail qui mène aux dunes.

La route A859 longe le littoral vers le sud pendant environ trois kilomètres, de Scarista à Northton (Taobh Tuath), un charmant hameau à une seule voie qui traverse la frange sud des vastes plages de Tràigh an Taoibh Tuath. La plage au sud de Northton, Tràigh n-Uidhe, est ravissante, parsemée de coquillages, isolée et baignée par de magnifiques couchers de soleil sur le détroit de Harris. La vue sur les sables au nord est extraordinaire, avec le littoral saumâtre parsemé de mousses spongieuses et la colline imposante de Ceapabhal en toile de fond. Le machair de Northton est considéré par la RSPB et d’autres comme l’un des meilleurs des Hébrides extérieures : humide mais pas trop sec, il est idéal pour l’observation des oiseaux, même en hiver. On pense que Northton est l’un des premiers sites où les humains, et en particulier les chasseurs-cueilleurs, se sont installés sur Harris. Les sites situés sur la côte sud-ouest de la commune seraient occupés depuis l’âge de pierre. Des fouilles ont mis au jour des vestiges de peuplements néolithiques, de la culture des gobelets et de l’âge du fer. Des fouilles archéologiques ont permis de découvrir sur les plages des coquilles de noisettes carbonisées datant de 7000 avant J.-C. Ces coquilles seraient les restes de repas mésolithiques et seraient associées à des débris provenant de la fabrication d’outils en pierre.

Juste à la jonction de l’A859 et de la bifurcation vers le village se trouve un joyau touristique, Seallam ! Centre d’accueil des visiteurs. À la fois musée de la vie insulaire et centre de généalogie (« seallam » signifie « regarde » ou « laisse-moi regarder » en gaélique), Seallam ! offre une leçon passionnante sur l’histoire de Harris et explique pourquoi l’île a aujourd’hui cet aspect particulier. L’excellent centre de généalogie, Co Leis Thu? (« À qui appartiens-tu ? »), dévoile le destin non seulement d’une grande partie de la diaspora de Harris, mais aussi de ceux qui ont émigré de toutes les Hébrides extérieures. C’est l’endroit idéal pour découvrir la culture des clans écossais ou pour trouver de l’aide afin d’explorer vos propres racines écossaises. Une carte accrochée au mur témoigne de l’étendue de la dispersion de la population de Harris au cours des deux derniers siècles, et vous pourrez découvrir les récits émouvants de ceux qui se sont installés aux quatre coins du monde. Parmi les exilés, on trouve James Harrison du HMS Bounty qui, après la mutinerie de 1789, s’est installé à Pitcairn ; James MacDonald de Barra, qui était garde chargé de surveiller Napoléon pendant son exil à Sainte-Hélène ; et Thomas Macleod de Stornoway, qui a accompagné Robert Scott lors de la malheureuse expédition Terra Nova en Antarctique de 1910 à 1913. Les migrants de Harris ont peut-être également été les premiers Européens à s’installer au Groenland. Les récits montrent clairement que bon nombre de ceux qui ont quitté Harris, ainsi que leurs descendants, seraient revenus en un clin d’œil si les conditions économiques l’avaient permis. Un mot utile revient sans cesse dans la littérature gaélique, et vous le trouverez dans Seallam ! : cianalas, qui signifie « nostalgie d’un lieu ». Ce mot a donné naissance à un genre poétique, le bàrdachd cianalais, généralement écrit par ceux qui ont quitté leur terre natale des Hébrides.

LEVERBURGH (AN TO) ET RODEL (ROGHADAL) : Au sud de Northton, le paysage s’apaise et reprend son souffle en descendant vers le port de Leverburgh. Vous passerez par ici si vous vous rendez dans les îles du sud, car le ferry CalMac relie le port à Berneray, de l’autre côté du détroit de Harris, tandis que deux bateaux à destination de St Kilda partent également d’ici. La A859 continue ensuite vers l’est jusqu’à Rodel et la magnifique église St Clements. De là, vous pouvez soit revenir sur vos pas jusqu’à Leverburgh, soit emprunter la C79 qui serpente le long de la côte est à travers The Bays pour revenir vers Tarbert. Leverburgh dégage une atmosphère un peu morose et, avec ses quelques ruelles à un kilomètre du quai et sa poignée d’entrepôts industriels, elle ne remportera pas de concours de beauté. C’est peut-être le point le plus au sud de Lewis et Harris, mais l’Église y est aussi forte qu’ailleurs ; l’Église d’Écosse et l’Église libre d’Écosse (deux offices le dimanche) sont à peine à 100 mètres l’une de l’autre. Leverburgh abrite également Borrisdale Tweed. Installée dans l’ancienne poste du village.

LEVERHULME ET LEVERBURGH : Après avoir réduit ses pertes à Lewis, renonçant aux petits fermiers qui refusaient de se rallier à sa vision d’un empire de la pêche, Lord Leverhulme, surnommé Bodach an t-Saibuin, ou « l’homme au savon », tourna son attention vers Harris. En 1919, il acheta au comte de Dunmore le domaine de South Harris, y compris le petit port d’An t-Ob, connu sous le nom d’Obbe. Il s’attela immédiatement à redresser la situation du port, investissant 250 000 livres sterling dans une jetée moderne, des usines de transformation, des fumoirs et un port pouvant accueillir une flotte de 50 bateaux de pêche hauturière ainsi qu’une école. Avec une certaine vanité, le port fut rebaptisé Leverburgh. Une telle envergure pouvait rivaliser avec les grands ports continentaux tels que Fraserburgh, Fleetwood et Grimsby, mais les premiers chalutiers, venus de Great Yarmouth, ne firent leur apparition qu’en 1924. Nous ne saurons jamais si, avec le temps, ce projet ambitieux aurait pu aboutir, car Leverhulme mourut en 1925. Ses héritiers et ses associés n’étaient guère intéressés par le projet, la plupart des emplois furent supprimés et le port retomba rapidement dans l’oubli. La propriété, qui lui avait coûté 36 000 livres sterling, fut vendue aux enchères pour seulement 900 livres. Comme le dit Roger Hutchinson dans la biographie de Leverhulme, The Soap Man, l’industriel était un personnage schizophrène, ni entièrement philanthrope ni entièrement homme d’affaires, coupable de « projections fantaisistes » qui furent rapidement intégrées dans une vaste stratégie : une stratégie « qui n’a jamais vraiment existé ».

Loin de s’essouffler, l’A859 termine en beauté en se dirigeant vers le port de Rodel (Roghadal). Après avoir quitté Leverburgh, la route se rétrécit pour devenir une voie unique, puis, de manière un peu inattendue, une route de lande qui serpente à travers un vallon ravissant. Juste avant d’atteindre Rodel, on trouve même un large ruisseau pittoresque bordé d’aulnes, qui offre un rare aperçu de la forêt des Hébrides. Le village de Rodel, centré autour de sa belle église, marque le point le plus au sud de l’A859. Juste avant que la route ne descende vers l’église, vous passez devant une ruine abandonnée, située du côté de la mer. Il s’agit du Girnal, un grand entrepôt au toit de fer et aux murs épais renforcés par des contreforts, datant du XVIIIe siècle. Parfois décrit avec indulgence comme « rendu en ruines », il figurait parmi les trois bâtiments préférés des habitants des Hébrides extérieures (on soupçonne que c’est leur sens de l’humour qui lui a valu cette place). Des projets de rénovation et de transformation en boulangerie, auberge ou autre ont vu le jour, puis ont été abandonnés. Un système informel de circulation à sens unique vous fait contourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre le petit promontoire au bout de la route, en passant devant l’ancien hôtel Rodel et le minuscule port où accostait autrefois le ferry en provenance de Skye. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, Rodel était un centre religieux, une communauté prospère de petits fermiers et de pêcheurs, et son port, qui date du XVIIIe siècle et donne sur Skye, est très agréable à regarder.

Les Macleod ont conservé Rodel jusqu’en 1834, date à laquelle le clan a fait faillite et a vendu la propriété à la famille Dunmore. Certains des bâtiments abandonnés témoignent d’autres rêves brisés, ceux du capitaine Alexander Macleod, qui a commencé à construire le port ici en 1785 après avoir acheté Harris avec l’argent gagné pendant son séjour à la Compagnie des Indes orientales. Macleod fit venir des pêcheurs de Lewis pour enseigner les techniques de la mer aux petits fermiers qui s’étaient installés ici et leur prêta de l’argent à faible taux d’intérêt pour investir dans des bateaux de pêche.

La petite route en boucle vous ramène presque au point de départ avant de passer devant la porte d’entrée de l’église St Clements * [158 D7], entretenue par Historic Scotland. C’est un véritable délice et son aspect médiéval vaut largement le détour. L’église date de 1520, mais elle n’a été utilisée que pendant 40 ans avant la Réforme protestante, qui l’a laissée à l’abandon. Elle a été restaurée 250 ans plus tard par Macleod.

Largement considérée comme la plus belle église d’avant la Réforme dans les Hébrides extérieures, St Clements a été influencée par l’architecture de l’abbaye d’Iona, au large de Mull, et son intérieur est décoré de tombes murales, de scènes locales et religieuses en relief et d’effigies patinées par le temps. Les Macleod de Harris et Dunvegan sont enterrés ici et leurs tombes, à la fois gracieuses et austères, dominent l’intérieur. Trois tombes sont sculptées dans du gneiss noir et représentent des chevaliers. Au centre se trouve la tombe d’Alasdair « Crotach » (« bossu ») Macleod, le huitième chef des Macleod qui fit construire l’église. Les sculptures derrière sa tombe sont complexes et représentent notamment un birlinn (une galère des Highlands) mettant les voiles et un ange répandant de l’encens dans les airs. Cinq autres dalles verticales sont ornées de sculptures représentant le clan. Si l’échelle est en place, vous pouvez monter dans la tour. L’expérience peut être inquiétante, car vous serez certainement seul et les lumières sensibles au mouvement sont réglées sur un minuteur très court. L’extérieur de la tour mérite également d’être examiné de près. Vous remarquerez une sculpture représentant un « Feileadh Mor », un vêtement qui était le précurseur du kilt. Plus surprenant encore, la tour sud est ornée d’une sculpture explicite représentant une femme à demi nue, la jupe relevée, ne laissant que peu de place à l’imagination. On ne sait pas s’il s’agit d’un symbole de fertilité ou d’un dispositif, reconnu dans certaines régions d’Irlande, destiné à distraire les mauvais esprits qui tentaient de se glisser dans l’église à la suite des fidèles pieux. Une autre particularité de l’église est qu’elle abrite la dépouille de la bardesse Mairi Nighean Alisdair Ruaidh, également connue sous le nom de Mary Macleod, qui vécut à la fin du XVIIe siècle. Elle était à la tête d’un petit groupe de poétesses qui jouaient le rôle d’historiens oraux, ou seanchaidhs, compilateurs de la culture gaélique. Mary a également été infirmière à Dunvegan et on pense qu’elle aurait fini à Rodel après avoir été bannie de Dunvegan pour avoir manifesté une forte allégeance à une autre branche des Macleod. L’emplacement exact de la tombe de Mary est incertain, mais elle aurait demandé à être enterrée face contre terre afin que « sa bouche menteuse reste sous terre ».

LA CÔTE EST : LES BAIES (NA BÀIGH) 

« Bays Road » est le nom donné à la C79, une route goudronnée à une seule voie qui bifurque de l’A859 juste au sud de Tarbert et longe la côte est rocheuse de Harris, avec ses baies, ses criques et ses rochers instables. La route longe la côte sur 32 km avant d’atteindre finalement Finsbay (Fionnsabhagh), au pied de la colline de Roineabhal. À cet endroit, la route bifurque : la voie est continue le long de la côte sur 5 km jusqu’à Rodel ; l’autre route, non classée mais parfaitement praticable, contourne le nord et l’ouest de Roineabhal pour rejoindre Leverburgh après 8 km. La distance entre Tarbert et Leverburgh par cette route est d’environ 40 km ; il faut compter une bonne heure ou plus pour la parcourir sans s’arrêter. Une exploration approfondie de The Bays peut facilement se transformer en une excursion d’une journée. La plupart des noms de lieux de The Bays trouvent leur origine dans les colonies vikings du IXe siècle et comprennent des suffixes tels que « -settr » (pâturage) et « -uagr » (baie). Plus tard, lors des « clearances », The Bays fut l’une des régions vers lesquelles les habitants furent déplacés. De nombreux petits fermiers furent contraints de quitter leurs maisons situées sur les machairs plus fertiles de la côte ouest et eurent le choix entre s’installer à The Bays et tenter de survivre sur des terres pauvres et peu fertiles, ou partir au Canada. Au départ, beaucoup refusèrent les deux options, mais sous la menace des armes, beaucoup finirent par choisir The Bays. Malgré tout, dans les années 1850, un grand nombre d’entre eux avaient abandonné et 600 habitants des Bays avaient pris le chemin de l’outre-mer. La première chose qui frappe à The Bays, c’est son aspect élémentaire, dominé par des plaques de gneiss lewisien à nu, érodées par les glaciers pendant la dernière période glaciaire, avec des rochers sculptés par la glace, appelés « whalebacks » (dos de baleines), qui percent la surface du sol inébranlable. Le contraste avec les plages dorées et le littoral luxuriant de la côte ouest ne pourrait être plus frappant, mais cette partie de Harris possède encore une beauté magnifique, voire violente, qui a beaucoup à offrir. Ce paysage d’une dureté phénoménale est suffisamment étrange pour avoir été utilisé pour représenter Jupiter dans le film 2001 : L’Odyssée de l’espace. Pourtant, les espaces entre ces éléments hostiles sont remplis de lochs d’eau douce qui abritent des truites brunes sauvages et des truites de mer. Ici, les nénuphars blancs, ainsi que les lathracons et les violettes d’eau, fleurissent en été. Les difficultés de la vie ici restent toutefois évidentes et l’on peut avoir l’impression que l’économie de la côte est est en équilibre. Visitez The Bays et vous pourrez, si vous le souhaitez, déguster une délicieuse part de gâteau, acheter des œuvres d’art de bon goût et admirer la vue imprenable sur Skye qui sert de toile de fond à ce paysage monumental. Vous verrez également des bateaux de pêche tirés sur des cales trop petites, traverserez des villages tels que Geocrab où, selon le dernier recensement, il y avait neuf maisons familiales vides et de bonne taille, et passerez devant des autocars abandonnés et des voitures rouillées qui n’ont pas bougé depuis 20 ans. Mais si vous vous y rendez par une soirée claire, à l’approche du crépuscule, les rochers semblent changer de couleur à chaque battement de cœur et vous pouvez sentir une obscurité palpable envahir les terres basses, tandis que le soleil couchant teinte les hauteurs d’une intense couleur cramoisie. Des mares encore plus petites que les lochans, que vous ne remarquez peut-être pas pendant la journée, captent un rayon de lumière fugace et apparaissent comme des lanternes ou des lucioles géantes parmi la bruyère. À ce moment-là, la côte est de Harris est vraiment un endroit enchanteur.

Les Bays sont un véritable paysage lunaire qui permet de faire un beau voyage à vélo, à pied ou en bus à travers de petits hameaux. L’itinéraire décrit ici va du nord au sud, mais il peut tout aussi bien être parcouru dans le sens inverse. Deux petites routes, à Grosebay (Ghreosabhagh) et à Loch Stocinis, permettent de rejoindre rapidement l’A859. Le bus W 13 circule deux fois par jour (sauf le dimanche) dans les deux sens entre l’embarcadère de Tarbert et Leverburgh. La région abrite également quelques galeries d’art et cafés qui semblent incroyablement isolés, mais qui semblent se maintenir grâce à leur offre généralement de très grande qualité.

Vous entendrez ou lirez parfois que la C79 est surnommée la « route dorée ». L’histoire raconte que ce surnom a été donné pour symboliser le coût phénoménal et le travail herculéen nécessaires pour creuser une route dans un paysage aussi impraticable. La réalité est un peu plus prosaïque. Ce nom a été donné au tronçon de route situé juste au sud de Tarbert, qui traverse Miabhaig, Ghreosabhagh et Stockinish (Stocinis), et a été utilisé de manière péjorative par un journal du continent qui critiquait tout financement routier dans les îles. Selon Bill Lawson, de Seallam!, le coût réel a été inférieur aux prévisions, la main-d’œuvre ayant été principalement fournie par des hommes de la région. Le tronçon de route qui traverse Plocrapol  est extrêmement pittoresque, avec des lochs et des lochans plus petits disséminés dans un décor rocheux vallonné. Un ou deux kilomètres plus loin se trouve le village suivant, Grosebay (Ghreosabhagh), qui abrite le showroom Harris Tweed et d’une boutique adjacente. Ce magasin représente le côté plus traditionnel du marché du tweed et vous serez accueilli avec une formalité et une courtoisie qui plaisent à une certaine clientèle, évoquant l’atmosphère des lords, ladies et lairds du XIXe siècle.

La route bifurque vers le nord le long de la rive du Loch Stocinis et, juste avant un croisement en T avec une bifurcation vers Tarbert à Leacklea (Leac a’ Li), se trouve le salon de thé Bays Community Centre. Tout près, à l’embouchure du Loch Stocinis, ne manquez pas le panneau d’information remarquablement poétique qui vante les millions d’années qu’il a fallu à la marée pour sculpter le gneiss de Lewis en piscines naturelles. Le littoral de ce loch soumis aux marées mérite d’être exploré : des hérons sculpturaux profitent du camouflage offert par les rochers, tandis que les blennies et les crabes abondent. Les algues émeraude et ocre brillent encore plus dans ce paysage désertique.

Une portion pittoresque de la C79 descend jusqu’à Geocrab, un village qui s’étend sur une vaste zone, même si le dépeuplement semble menacer son existence. Son nom inhabituel signifie « crique boueuse ». La communauté a été fondée dans les années 1820 et 1830 par des petits fermiers expulsés de la côte ouest de Harris. Lord Leverhulme y a construit des filatures et des carderies, mais comme ses autres entreprises, celles-ci ont échoué. Le seul virage du village mène à la Skoon Gallery. La route continue vers le sud ; au croisement avec Quidinish (Cuidhtinis). Un kilomètre plus loin se trouve la communauté de Flodabay (Floeideabhagh).

La route s’enfonce ensuite brièvement dans les terres avant de revenir vers la côte à Ardvey (Àird Mhìghe). Ardvey se fond dans le village tout aussi minuscule de Finsbay.

La C79 bifurque à Finsbay et continue vers le sud jusqu’à Rodel, tandis qu’une route non classée revient vers Leverburgh. Cette dernière longe les rives du Loch Langabhat et contourne Roineabhal avant de serpenter vers l’ouest et le sud à l’ombre du Beinn Tharsuinn jusqu’à Leverburgh. La distance entre Rodel et Leverburgh est de 13 km. La route est très calme, ce qui en fait un terrain agréable et facile pour la marche, avec la possibilité de se promener parmi les rochers et d’admirer les cirques et les ravins spectaculaires tels que Srath Litean qui entaillent le flanc nord de Roineabhal.

L’extrémité sud de la C79 est une petite route qui relie Finsbay à Rodel. L’itinéraire vous emmène à travers les paysages les plus arides qui soient, avec des rochers qui semblent être tombés du ciel ou avoir jailli de la terre. La géologie change ici, et les roches ignées telles que le métagabbro, la mélatonalite et le quarthosite remplacent le gneiss. Des dépôts d’anorthosite blanche et de feldspath rouge ajoutent une teinte désolée au spectacle. Au pied des rochers, on aperçoit des touffes de marram, dont la couleur rouille fait écho à la teinte rose pâle des rochers.

SOUND OF HARRIS 

Le ferry qui traverse le détroit de Harris en une heure et 5 miles relie les îles septentrionales de Lewis et Harris aux îles méridionales de North Uist, Benbecula et South Uist. Cette route n’est pas seulement un moteur économique, mais aussi l’un des plus beaux voyages en mer du Royaume-Uni.

Au départ de Leverburgh, le bateau slalome entre d’innombrables îlots, récifs et eaux peu profondes pour maintenir le chenal de navigation avant de longer le récif rocheux près de Berneray et d’y accoster. Les premières cartes marines de ces eaux ont été dessinées en 1745, et le détroit est depuis reconnu comme l’une des routes maritimes les plus complexes d’Écosse. Les pirates devaient engager des pêcheurs locaux pour assurer leur passage en toute sécurité, tandis que les contrebandiers de whisky illégal utilisaient leur connaissance du terrain pour semer les douaniers à leurs trousses. À une époque ou à une autre, plusieurs îles, telles que Pabbay, Ensay (w friendsofensay.co.uk) et Killegray, étaient habitées ; aujourd’hui, seule Berneray l’est encore.

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