Le conte de Halli le Sarcastique (islandais Sneglu-Halla þáttur) est un þáttr islandais qui, bien que critiqué pour son manque de structure correcte, a été loué pour son fort effet comique. Le þáttr raconte l’histoire d’une bataille d’esprit entre Sarcastique (ou Skinny) Halli et le maître-poète Thjodolf dans leurs tentatives de séduire le roi Harald. Le þáttr est contenu dans la saga des rois Morkinskinna, et une version étendue existe dans Flateyjarbók, qui est la base de la traduction anglaise.
Synopsis de l’intrigue (version Flateyjarbók)
Le sarcastique Halli, un Islandais nommé pour son esprit vif, entre au service du roi Harald et entre en compétition avec le maître-poète de la cour, Thjodolf, pour voir qui est le meilleur. Après avoir rapidement composé un vers insultant pour le nain de la cour, la grande habileté d’Halli est reconnue par le roi.
Halli devient rapidement un critique du roi et de ses pratiques alimentaires, car le roi commençait à manger en premier et retirait toute la nourriture une fois qu’il était rassasié, souvent avant que tout le monde soit satisfait. Le roi le confronte autour d’un bol de porridge, ce qui inspire sa punition : forcer Halli à manger du porridge jusqu’à ce qu’il éclate ou être décapité. Halli le traite de bluffeur et le roi recule.
Il est à nouveau mis à l’épreuve en étant obligé de composer un vers poétique avant que le nain ne puisse lui porter un cochon rôti. Halli réussit et est très apprécié. Il entre à nouveau en conflit avec Thjodolf après que ce dernier ait accusé Halli de mentir au sujet du poème qu’il a écrit pour le roi. Ils s’engagent dans un séné, dont Halli est le vainqueur.
Halli, dans une tentative de punir un homme autoritaire nommé Einar la Mouche, prétend faussement avoir tué son frère. L’homme, connu pour ne jamais payer de dédommagement, menace d’abord Halli mais finit par céder après que Halli l’ait menacé de ruiner son nom avec des vers insultants. Einar lui offre trois marks d’argent qui se trouvent dans son portefeuille. Lorsque Halli récupère le portefeuille, il y en a quatre, dont il prend trois pour éviter le vol, de sorte qu’Einar n’a aucun moyen d’exercer un recours légal.
Halli se rend au Danemark où il vole à un homme, Raud, un anneau de bras en or et récite un très mauvais poème au roi du Danemark, dans l’espoir de recevoir de l’argent. Le roi apprécie le poème. Le roi propose de verser de l’argent sur sa tête, et Halli peut garder ce qui colle à ses cheveux. Le plan échoue quand Halli met du goudron dans ses cheveux.
Halli reçoit une hache lorsqu’il est surpris en train de la regarder. Le roi lui propose de coucher avec lui en échange, ce à quoi Halli répond : ” Non, mais il semble compréhensible que tu vendes la hache au même prix que tu l’as payée. ” Lorsque le roi Haraldr apprend la mort d’Halli, il plaisante en disant que c’était probablement autour d’un bol de porridge.
Synopsis de l’intrigue (version Morkinskinna)
Cette version moins connue, disponible dans la traduction de Morkinskinna de Theodore M. Andersson et Kari E. Gade, suit des lignes similaires à la version plus tardive de Flateyjarbók, mais est moins explicite tant dans son langage que dans son histoire. En outre, le style est plus subtil et la narration s’en remet davantage à l’intuition du public. L’histoire se termine par le retour de Sneglu-Halli à la cour du roi de Norvège sur un bateau, après qu’il ait effrayé un groupe de marchands allemands afin d’obtenir un passage.
Interprétations et implications
Poésie skaldique
Le conte a été utilisé pour examiner la poésie skaldique en dehors de son cadre courtois, et pour ses effets comiques plutôt que ses effets louangeurs. On pense que la poésie skaldique peut être utilisée pour illustrer des activités banales comme des mythes et des légendes, non seulement pour insulter le sujet mais aussi pour maintenir le vers poétique comme un art élevé. Le conte de Sarcastic Halli a également été utilisé pour suggérer comment la complexité de la poésie skaldique a été utilisée comme tampon entre les groupes de culture nordique contre la culture danoise et anglaise. En effet, la capacité, ou le manque de capacité, à comprendre et à différencier la poésie de qualité de la poésie médiocre, ainsi que la complexité des chants qu’elle contient, constituent un test décisif pour le statut ésotérique ou exotérique.
Caractérisation du roi Harald
Le conte de Sarcastic Halli a été utilisé pour caractériser l’amour du roi Harald pour l’Islandais, les poètes islandais et l’humour grossier[7], même s’il est le sujet de cet humour, notamment dans la scène de la hache. Ce point a été contesté, et cette même histoire a été suggérée comme un exemple du mépris croissant du roi Harald pour les poètes dans la seconde moitié de sa vie.
La pratique du senna (Le senna est une forme de poésie eddique consistant en un échange d’insultes entre participants, allant de l’utilisation d’explétifs à l’accusation d’un adversaire d’inconvenance morale ou sexuelle)
Le conte suggère des structures alternatives à la pratique nordique du senna, ou de l’insulte rituelle, car il en existe un exemple clair dans le þættir. Il suggère que la structure du senna n’était pas aussi rituelle mais plutôt plus familière qu’on ne le pensait, car il y a des exemples d’appels à la fois à l’arbitre et à la foule. En outre, il rompt la structure classique par l’inclusion d’un récit complet dans l’une des répliques plutôt que par les allusions classiques à des événements connus. On pense que le statut de Halli et Thjodolg en tant qu’Islandais dans une cour norvégienne, et donc l’absence de connaissance commune de l’histoire de ces individus, est la force motrice pour permettre une rupture dans la structure du séné.
Culture alimentaire
Ce conte a été utilisé comme un exemple de l’étrangeté de la culture alimentaire islandaise.
Pratiques en matière de cadeaux
Les interactions entre le roi Harold et Halli dans la scène de la hache ont été utilisées pour démontrer les pratiques nordiques en matière de cadeaux et l’importance fondamentale entre les mots utilisés pour “donner” et “vendre”.
traduction française dans “les Sagas Miniatures” de Régis Boyer (les Belles Lettres 1999) : Le dit de Halli le Sarcastique (pages 127 à 139) ou ici en version extraite du livre.