Né à Reykjavik le 27 août 1962, Sjón s’impose depuis l’âge de seize ans comme l’un des écrivains les plus intéressants d’Islande. Depuis le début des années 80, il collabore aux travaux de son amie Björk avec le groupe culte les Sugarcubes, comme sur son troisième album solo Homogenic. Il a également écrit les textes de la comédie musicale Dancer in the Dark de Lars von Trier et le scénario d’un film d’animation. Poète, romancier, traduit dans dix-sept pays, il a reçu, en 2005, le Prix littéraire du Conseil Nordique pour son premier roman traduit en français, et parut aux Editions Rivages, Le moindre des mondes.
Romans
- Stálnótt (1987)
- Engill, pípuhattur og jarðarber (1989)
- Augu þín sáu mig (1994) – De tes yeux tu me vis : Dans la chambre dérobée d’une auberge de Basse-Saxe, deux hommes ont confié à Marie-Sophie la garde d’un jeune homme traumatisé. C’est un juif évadé d’un camp, qui répond au nom de Löwe, comme le rabbin créateur du golem. Comme ce dernier également, il essaye d’insuffler la vie à une créature d’argile. De tes yeux, tu me vis, alors que je n’étais qu’une ébauche informe…
- Með titrandi tár (2001) – Sur la paupière de mon père : L’histoire du golem revisitée par un punk islandais.En 1944 le paquebot Goðafoss navigue vers l’Islande avec à son bord le Juif Léo Löwe, qui fuit l’Allemagne hitlérienne après s’être échappé d’un camp de la mort. Léo Löwe emporte pour tout bagage une boîte à chapeau emplie d’ombre où sommeille un petit garçon d’argile qu’il désire ardemment éveiller à la vie.Afin d’y parvenir, Léo devra affronter toute une série d’épreuves : apprendre l’islandais chez un professeur qui lui répète qu’il ne le maîtrisera jamais parfaitement, traire une chèvre chaque jour pour baigner de son lait le petit garçon d’argile, demander la nationalité islandaise auprès d’un fonctionnaire qui le questionnera, entre autres choses, sur le régime alimentaire des loups-garous, s’adjoindre les services d’un cuisiner-espion russe et d’un théologien noir américain également champion de lutte avant de se mesurer en combat singulier à un marchand de timbres louche, éminemment louche.Dans ce roman librement inspiré de mythes et légendes, Sjón laisse éclater sa joie de raconter une histoire grandiose et ludique, loufoque et poétique.
- Skugga-Baldur (2003) – Le moindre des mondes : Un jour tout blanc de neige et de glace, le révérend Baldur Skuggason, part à la chasse, fusil à l’épaule, fureur au ventre. Pendant ce temps Fridrik le botaniste cloue un cercueil, celui d’Abba, handicapée de naissance. Ces trois personnages, la bête féroce, le lettré et la douce enfant vont de façon étonnante mêler leur histoire.
- Argóarflísin (2005)
- Rökkurbýsnir (2008)
- Mánasteinn – drengurinn sem aldrei var til (2013) – Le Garçon qui n’existait pas : Reykjavik, 1918. La ville semble recouverte d’un voile crépusculaire. Hantée par la crainte d’un front scandinave, alors que la Première Guerre mondiale s’achève en Europe, la population redoute une épidémie de grippe espagnole. Dans ce moment de chaos, un adolescent, Mani Steinn ( Pierre de lune ) doit affronter un tumulte plus intime. Homosexuel, il est rejeté par les siens. Pourtant, une immense énergie s’empare de lui depuis qu’il a découvert le cinéma, l’art, l’exaltation qu’offre l’imaginaire. Et le désir. Porté par l’écriture poétique de Sjon, Le garçon qui n’existait pas est une ode à la puissance créatrice de la jeunesse.
- Korngult hár, grá augu (2019) – Blond comme les blés : Reykjavik, après la Seconde Guerre mondiale. Gunnar Kampen est un « un jeune homme travailleur et attentif qui se passionne pour l’histoire de l’humanité et de sa nation ». Il a une mère et deux sœurs qui l’aiment depuis l’enfance et lui-même est un frère et un fils attentionné. Au printemps 1958, il fondera le parti politique antisémite des nationalistes et se dévouera pour contribuer à l’organisation internationale du mouvement néonazi, en pleine croissance. Dans un texte qui oscille entre une mosaïque d’images d’enfance poétiques, un recueil épistolaire qui suit l’évolution d’un engagement politique et la création d’un parti d’extrême droite, Sjón examine le parcours d’une vie, d’une époque et d’une radicalisation rythmée par la simplicité absolue de son quotidien. Faux thriller où le protagoniste est retrouvé mort dès le premier paragraphe, Blond comme les blés est une œuvre limpide, un écho de la banalité du mal d’Hannah Arendt sous les apparences d’un roman nordique. Un livre troublant et terriblement actuel par l’un des plus importants auteurs islandais contemporains.
Poésie
Le chant du collectionneur de pierres et autres recueils : quand la puce et la baleine bleue se rencontrent dans l’encyclopédie elles ont la même taille, quand les couleurs disparaissent des étendards nationaux la terre se met à flotter … Avec le lyrisme, l’humour et la finesse qui caractérisent son œuvre, Sjón convoque ici la nature sauvage de l’Islande, la trivialité des corps, l’absurdité de la réalité, ou encore l’univers fantastique des rêves. Jouant avec virtuosité sur la forme et l’espace, il nous plonge dans une étrangeté poétique tout aussi belle qu’inquiétante.
