Ce þáttr est typique du caractère « roman de formation » (Bildungsroman) que prennent très souvent ces récits. Un Islandais jeune, intelligent et beau, mais pauvre et de rang social assez bas parvient à la fortune et au sommet de l’échelle sociale par son industrie, ses relations et aussi ses amours avec une riche veuve, Ása. Il n’est pas exclu que ces événements et ces personnages aient eu des supports historiques : les faits se seraient produits en 1112, sous le règne du roi Eysteinn Magnússon ( 1103-1122). D’autre part, Þórðr a été scalde, diverses sources le mentionnent en tant que tel. Ce n’est pas pour autant qu’il faut prendre pour un document historique une histoire qui semble avoir été confiée au parchemin vers 1220. En fait, nous tenons là un excellent exemple de la manière dont, à partir de faits et de personnages éventuellement réels, les auteurs de þættir élaboraient leurs histoires à des fins multiples. Le chiffre trois qui régit la partie principale de ce récit et le caractère convenu de plusieurs épisodes ne permettent pas de douter que nous n’ayons affaire ici à une œuvre avant tout littéraire.
traduction française dans “les Sagas Miniatures” de Régis Boyer (les Belles Lettres 1999) : Le dit de Hreiðarr l’idiot (pages 119 à 126) ou ici en version extraite du livre.